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La dimension affective de la crise

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Collectif Ecole changer de cap, mis en ligne le 8 mars 2022.

Préambule sur la notion de crise et les questions que cela soulève

Depuis quand collectivement sommes-nous en crise ? Crise financière bien sûr depuis que toute monnaie a cessé d’être une richesse en soi pour devenir une dette mais aussi crise économique liée à la croissance quantitative, crise sociale en lien avec l’accroissement des inégalités, crise de confiance envers le monde politique et envers les scientifiques, crise de l’emploi, crise écologique, climatique, sanitaire depuis le printemps 2020, crise des valeurs, celles de la République sont-elles menacées ?

Cette crise collective n’entre-elle pas en résonance avec une crise individuelle, une difficulté personnelle à construire du sens, à donner du sens à sa vie ? La dernière grande crise biologique remonte à 65 millions d’années et marque le passage du Crétacé au Paléogène. Elle est connue pour avoir provoqué l’extinction rapide des dinosaures en faveur des mammifères. Grâce à cette crise, les mammifères ne seront plus dominés et pourront se diversifier. Ils s’imposeront dans tous les milieux et niches écologiques libérés par les dinosaures.

Contrairement à Karl Popper qui pensait que les chercheurs scientifiques modifiaient leur théorie quand des faits les infirment, Thomas Kuhn a montré en effet que seules les crises qu’il a appelées « révolutions scientifiques » font basculer les opinions des chercheurs. Le point commun entre les chercheurs et chacun d’entre nous consiste peut-être dans l’investissement affectif de nos idées, ce qui donne envie de s’y accrocher de manière plus ou moins addictive.

Une bascule du point de vue montre que l’être humain qui possède des idées peut à son tour être possédé par ses idées et l’erreur serait de se croire libre comme l’exprimait déjà Goethe : « Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être."

Peut-être savez-vous qu’en chinois le concept de crise s’exprime à l’aide de deux idéogrammes : le premier signifie « occasion », opportunité à saisir4 et le second « danger ». L’occasion ici est une occasion de croissance, que ce soit sur le plan physique, psychologique ou spirituel. Dans tous les cas il s’agit d’une croissance qualitative comme le passage des dinosaures aux mammifères. Le danger est lié au fait que l’ancien équilibre est rompu et que rien n’assure a priori qu’un nouvel équilibre soit atteint. Il y a un risque qui ne peut être supprimé, comme dans tout processus vivant. C’est pourquoi aussi dans notre société qui vise à tout placer sous contrôle la crise psychologique est mal vue et souvent niée, refoulée, avec l’aide d’une contention chimique (médicaments) ou comportementale (addictions de toutes sortes). Si une crise se produit lorsqu’on ne peut plus faire comme avant alors comment procéder pour ne pas s’accrocher au fonctionnement passé ? Celui qui veut aller en Amérique doit bien se résoudre à abandonner les côtes européennes, africaines ou asiatiques !

À quoi donc devons-nous renoncer pour sortir de la crise ?

Avec sa dernière facette, la « crise sanitaire » fait office de révélateur de ce qu’il nous faut lâcher car nous ne pouvons plus revenir au monde d’avant. La crise ici ne vient pas d’un météorite qui va nous priver de soleil pendant une longue période, ce à quoi les dinosaures n’ont pas survécu. La crise concerne maintenant le monde des idées et des porteurs des idées sur qui nous projetons plus ou moins nos désirs et nos peurs. Ils peuvent représenter pour les uns des images de parents ou d’autorités bienveillants ou au contraire pour d’autres des êtres acharnés à notre perte. La crise provient de la non cohérence des différents narratifs officiels souvent servis par les mêmes personnes et sans qu’elles puissent dire entre temps : « je me suis trompé ». Une mortalité très élevée a été annoncée officiellement pour la Covid-19, alors que cette maladie a fait sur une année beaucoup moins de morts que la pollution : 8,9 millions, que le tabagisme : 7,2 millions ou que l’alcoolisme : 3 millions. Cette incohérence est renforcée par la démesure des mesures et des lois privatrices de libertés associées à un état d’urgence sanitaire planétaire non justifié par la mortalité due au virus. Cela ne signifie pas que son impact sur les personnes âgées n’exige pas toute l’attention du monde médical, l’âge moyen des décès étant de 80 ans en France et ses effets sur les moins âgés sont suffisamment délétères pour que toutes les thérapeutiques puissent être testées. Incohérence provenant également des points de vue divergents entre spécialistes sur le port généralisé du masque et sur l’intérêt du confinement. Le vaccin, c’est le salut pour les uns et un danger extrême pour les autres. À l’origine le « débunkage » ou fact-checking au service de la démocratie avait pour vocation en tant que contre pouvoir, de vérifier les affirmations des autorités. Or depuis mars 2020, le fact-checking est devenu presqu’exclusivement un instrument idéologique servant à pointer et à dénigrer (à tort ou à raison) tout questionnement qui s’écarte de la narration officielle du moment. Durant cette période en quelques mois l’OMS est passée d’une définition de l’immunité comme mémoire cellulaire protectrice naturelle durable résultant de la rencontre avec des micro-organismes à celle de protection artificielle temporaire fournie par des « vaccins ». Il en résulte une grande confusion : « Qui croire face à toutes ces affirmations contradictoires ? » ou encore « Je n’arrive pas à croire que les autorités nous mentiraient » sont des phrases que l’on entend souvent. Ce manque de cohérence à tous les niveaux alimente la crise et l’insécurité, elle oblige à faire deux deuils pour pouvoir la dépasser. Ceux qui nous gouvernent et les fabricants de vaccin ne doivent pas être confondus avec des parents qui recherchent toujours notre bien, l’Histoire nous a montré que la tendance des dominants, non régulés par les valeurs de la République et de la Démocratie, est de vouloir contrôler les dominés pour qu’ils ne se révoltent pas, de les exploiter éventuellement, et non pas de leur fournir la possibilité de penser par soi-même.

De plus et c’est le second deuil, les savoirs scientifiques ne sont pas des vérités immuables mais des modèles ou des théories approximatives et provisoires qui ne progressent que par rectification d’erreurs. Ces théories, même si elles n’ont pas un statut de vérité, peuvent permettre de résoudre différents problèmes réels comme ceux relevant de la santé mais il s’agit chaque fois de connaître le domaine de validité des résultats scientifiques. Pour sortir de la crise, c’est pourtant cette liberté de penser par soi-même qu’il faudrait conquérir ou développer et ainsi penser par soi même pourrait permettre à chacun de reconstruire un monde représentationnel cohérent. Inversement, la perte de la cohérence entre nos représentations peut provoquer un état de sidération, très dommageable en particulier chez les jeunes pour pouvoir apprendre et grandir.

Il faut en effet oser se poser des questions et sortir du seul signifiant : le complotisme, qui est imposé aujourd’hui à toute pensée alternative à la pensée dominante. Ceci implique de pouvoir distinguer en chacun de nous les postures cognitives et affectives du complotisme et celles de l’esprit critique.

  • Comment savoir et /ou sentir si je suis dans la pensée complotiste ou dans la pensée critique ?
  • Comment m’approprier les productions scientifiques sans être moi-même un spécialiste d’une micro-discipline et sans dépendre d’un décodage critique fourni par les médias en « prêt à penser » ?
  • Comment donner envie de faire des efforts nécessaires pour exercer un esprit critique et pour sortir de la paresse cognitive ?
  • Comment résister au formatage de l’opinion par les médias ?
  • Comment composer avec la peur de se distinguer des autres par un contenu de penser alternatif ?
  • Et en s’interrogeant et en invitant à s’interroger, sommes nous dans la Loi ou hors la Loi, dans les missions de l’École de la République ou pas ? Voici quelques questions que ce dossier d’« École, Changer de Cap » souhaite explorer avec comme contributeurs : Edwige Chirouter, Fadi El Hage, Jacques Cabassut et Daniel Favre.


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