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Claude Agostini, un pédagogue créatif et militant

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André Giordan, mis en ligne le 18 janvier 2019.

Le mois dernier, notre ami Claude Agostini nous a quittés. Tout au long de sa carrière, il fut un créatif tant sur le plan pédagogique que dans sa vie. Sur le plan pédagogique, tout a commencé dans les années 70. Claude Agostini démarrait sa carrière de professeur de philosophie au Lycée Amiral de Grasse de la Cité provençale de Grasse, où il s’entoure d’un groupe de jeunes enseignants qu’on nommera plus tard « pédagos ». En fait, tous ne supportaient plus les rituels d’une école fossilisée, hors du temps ; ils voulaient donner « du sens » au métier.

Nourris par les idées nouvelles de Mai 68, ils espéraient repenser, et la transmission et la relation à l’autorité. Sans être dans la non-directivité, alors à la mode, ils souhaitaient rendre du désir aux élèves pour qu’ils prennent goût aux savoirs et à la culture. Pour Claude Agostini, tout était dans l’appropriation des « idées de vie » : qu’apporte la réflexion philosophique à l’homme ? Comment peut-elle réellement lui devenir nécessaire pour comprendre qui il est, et surtout comment vivre ensemble ?

Dans ses cours, tous les « grands » étaient convoqués : Socrate, Platon, Aristote, Épicure, Montaigne, Rousseau, Montesquieu, Locke, Hume, mais aussi Machiavel, Marx, Foucault, Confucius ou Plotin. Sa culture était vaste, mais il savait ne pas ennuyer ses élèves en ne se limitant pas à une étude rébarbative des textes. Pour lui, tout était dans la non distance avec ses lycéens –l’autorité était dans le savoir- et dans la discussion permanente avec eux et surtout dans la concrétisation des idées dans leur vie.

Pas de méthode pédagogique mise en avant, mais un style, un contact, une originalité d’approches : charmeur, proche ainsi des élèves, ces derniers le lui rendaient bien. Ils restaient après les cours ou l’interpellaient dans la rue pour continuer la discussion.

Claude Agostini ne s’est jamais limité cependant à la seule philosophie. Son projet était de transformer l’école. Charismatique et toujours très généreux, il fit tout pour que ses collègues ne restent pas enfermés dans leur classe, dans leur spécialité. Le groupe des pédagos réussit, non sans difficultés à travailler ensemble et à mettre en place les premières tentatives de ce qui deviendra la pluri ou l’interdisciplinarité.

Parallèlement, il milita dans le seul syndicat qui lui paraissait « ouvert » sur l’évolution de l’école : le SGEN, le Syndicat général de l’éducation nationale, une branche de la CFDT. Il anima pendant plus 30 ans les discussions pédagogiques et statutaires de ce dernier, tant sur le plan du lycée et que sur le plan régional.

Cette organisation atypique dans l’institution nationale française a la particularité de rassembler tous les personnels des établissements éducatifs et culturels, quel que soit leur métier ou leur statut, dans un même syndicat. Dans ce cadre, il a milité pour des questions éducatives qui aujourd’hui sont à l’ordre du jour : la pédagogie différenciée, l’école inclusive, les milieux défavorisés, l’accompagnement des élèves en lieu et place de la sélection et surtout la formation des enseignants.

En 1994, il quitte le Lycée de Grasse pour terminer sa carrière avec toujours autant de succès auprès de ses élèves au Lycée Guillaume Apollinaire de Nice. Parallèlement, il se lance alors dans un nouveau défi : populariser la philosophie. Il monte avec un collègue un bistrot-restaurant philosophique sur les Collines de Nice où pendant qu’on dégustait pissaladières, salades niçoises et raviolis, on traitait l’amour, le sexe, la mort, le vivre ensemble, l’identité personnelle, la démocratie, la précarité, la complexité ou encore l’incertitude… Après une courte introduction par un philosophe professionnel ou lui-même ou par une personnalité caractéristique du domaine, Claude Agostini invitait le public, très disparate, à prendre la parole. Il s’agissait de permettre à chacun d’aller le plus loin possible dans sa propre réflexion. Pour lui, la philosophie était affaire de dialogues et de partages avec tout un chacun. Il s’ensuivait de vifs et longs échanges où chaque participant élaborait son propre sens dans la confrontation avec les autres.

Ces bistrots se sont poursuivis jusqu’en 2006. Ensuite Claude a continué sa propre quête chaque jour, comme il l’avait commencée très jeune de façon autodidacte dans sa campagne par sa rencontre avec les livres. Il était à l’origine un simple fils de paysan du Cap Corse… Belle trajectoire…


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