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La question des interactions et des transformations dans les décrochages scolaires

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Collectif Ecole changer de cap, mis en ligne le 12 octobre 2011.

Lyon 26 juin 2007

Le témoignage de Aline Peignault

Ce séminaire organisé par la Mission Régionale Rhône-Alpes d’Information sur l’Exclusion (la MRIE) et l’académie de Lyon avait pour objectif de présenter une réflexion partagée qui a rassemblé pendant un an différents partenaires :

- la MRIE

- ATD Quart Monde,

- Paroles de Femmes

- un groupe d’enseignants

- Daniel Thin sociologue

La MRIE a demandé à quatre « témoins » de s’associer à ce temps de restitution et de faire part de leurs observations en écho à la réflexion que les acteurs de terrain avaient exposée. Ainsi, je fus invitée à m’exprimer sur le thème : exigences de l’école et réponses de l’institution.

Dans mon propos je n’ai jamais prononcé en tant que tels les mots « Interactions-Transformation personnelle-Transformation Sociale » et pourtant j’ai découvert de façon éclatante à quel point ce groupe de réflexion était en proximité avec notre approche développée dans l’ouvrage collectif École : changer de cap que Bruno Mattéi et moi représentons ici.

Les exigences de l’école et les réponses de l’institution : construire ou exclure - quelle prise en compte des réalités des milieux populaires ?

C’est volontiers que je vous ferai part de ce que j’ai entendu, ressenti lorsque j’ai découvert votre travail et votre réflexion lors des interventions, que ce soit en réunion plénière ou dans l’Atelier 4.

Un bref préalable tout d’abord. Je m’exprime au nom de mon expérience (j’ai dirigé de 1990 à 1996 le Collège Gagarine à Trappes dans les Yvelines, établissement de ZEP classé « sensible »). Mon propos s’appuie sur ce que j’ai connu et sur ce que j’ai fait. Il est hors procès d’intention, il n’est ni politique, ni idéologique.

Un bon diagnostic global et une belle énergie

Ce que vous dites me semble juste et excellent. La façon dont vous ressentez les mots ou expressions tels que « populaire », « pauvre » « défavorisé » « parent démissionnaire » montre la maturité de votre réflexion. Vous repérez très bien que ces mots ont du poids, qu’ils marquent les personnes et les relèguent dans une sorte de sous-catégorie humaine. J’entends aussi le courage dont vous faites preuve pour prendre la parole alors que c’est difficile.

Je vois bien l’énergie que vous déployez pour dire haut et fort que le mépris fait souffrir et qu’il faut en finir, je perçois la lucidité qui est la vôtre lorsque vous affirmez qu’on ne s’en sortira que par soi-même. Pour moi qui viens de l’extérieur, tout cela est ici palpable et je dois dire, communicatif et enthousiasmant.

Des problèmes bien identifiés

Vous ne vous trompez pas de problèmes. Vous savez qu’il y a dans telle ou telle classe des réalisations très positives pour les élèves, mais vous savez aussi que tout ne va pas bien dans l’école que fréquente votre enfant. Vous dites très justement que l’exclusion de cours ou du collège n’apporte rien, que les sanctions sans un entretien avec l’élève ont peu d’effet, que vous ne comprenez pas bien ce que les professeurs demandent, qu’à cause des emplois du temps votre enfant est trop souvent seul à la maison ou dans la rue, que vous ne voulez pas que votre enfant redouble, qu’il est découragé et ne veut plus aller à l’école. Vous agissez ainsi comme tous les parents d’élèves qui ont envie du meilleur pour leur enfant. Sauf que pour vous, les enjeux sont particulièrement importants car vous savez que l’école est fondamentale, que rien ne peut la remplacer pour aider vos enfants à préparer leur avenir.

Le temps de l’action concrète en partenariat

L’état de lieux, vous l’avez fait et bien fait. Il me semble que le temps de l’action concrète est venu. Là où vous êtes, saisissez-vous de l’un de ces problèmes, constituez avec d’autres partenaires un groupe de travail et cherchez comment mettre en oeuvre de petits projets concrets, à votre mesure, qui pourraient améliorer la situation et montreraient déjà que les choses changent. N’allez pas trop vite. Au sein du groupe que chacun prenne le temps de dire pourquoi il est là, ce qui lui tient à coeur, cherchez ce qui vous rassemble et quel sens vous donnez à cette action commune. Ce n’est pas du temps perdu car c’est le moment où vous construisez le socle de l’action, où vous devenez plus solidaires, plus forts et donc plus efficaces.

Bâtir le Projet

Et puis, bâtissez le projet, contournez les difficultés, allez de l’avant et n’attendez pas trop longtemps pour le mettre en œuvre. Très vite évaluez les premiers résultats, n’hésitez pas à faire évoluer le projet si besoin. Et quand vous pourrez faire le tout premier bilan, dites autour de vous ou dans la presse locale ce qui a changé et pourquoi c’est positif.

Sachez bien que vous avez amorcé une dynamique vertueuse qui peut prendre de l’ampleur. Je crois que les solutions viennent rarement des institutions ; elles viennent de la volonté des acteurs de terrain que vous êtes, de leur énergie et de leur refus de baisser les bras

Garder confiance !

Vous avez montré lors de ce séminaire que vous aviez les outils pour agir : réfléchir, prendre la parole, travailler en partenariat. L’un de vous a dit dans la soirée qu’un parent qui résiste c’est déjà une force. Alors imaginez des parents, des enseignants, des membres d’associations et des élus locaux qui sont solidaires, résistent et agissent ensemble dans la même direction… ! C’est alors tout un processus puissant qui est en mouvement et qui œuvre pour un changement en profondeur.

J’ai vécu personnellement de telles dynamiques et je peux témoigner de la réalité des effets que l’on constate très rapidement. Je sais aussi qu’aujourd’hui, sur le terrain, d’autres personnes continuent de les développer et que des établissements scolaires y ont leur place. Or, du côté de l’École (je veux parler de l’institution scolaire qui fonctionne sur des logiques administratives et applique une réglementation rigide) qu’observe-t-on ? L’institution scolaire n’a pas la capacité à accueillir de telles initiatives.

A mon niveau je ne peux que faire un vœu : je souhaite ardemment que l’École s’ouvre à des pôles de développement qui fonctionneraient en son sein et seraient créés à partir de projets portés par les acteurs de terrain qui ont la capacité de dire ce qui est bien pour eux.

Tout cela est parfaitement compatible avec l’esprit du service public ; il suffit de l’écrire dans un contrat où chacun prendra ses responsabilités. Sans cette ouverture de l’École, les plus belles initiatives risquent de rester limitées et vite oubliées.


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