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Entre mémoire et avenir. Essai sur la transmission

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Marie-Françoise Bonicel, mis en ligne le 1er novembre 2010.

Passeurs de savoir : accepter la perte et ouvrir les réinterprétations

Il n’y a pas de progrès sans perte .

Jean Paulhan.

Non seulement la transmission a pris le pas sur la tradition, mais elle est constamment prise dans une tension entre des exigences et objectifs contraires : perpétuer et sauvegarder tout en diffusant, séparer pour relier et unir à nouveau, conserver et changer, concilier la tradition et l’innovation, entre rupture et continuité. C’est accepter l’idée que l’on ne transmet pas à l’identique et que ce que l’on fait circuler est destiné à être altéré par le monde spécifique de l’héritier qui va l’interpréter. En fait la transmission ne se justifie que pour affronter l’énigme de la vie et de la mort : nous héritons en premier lieu parce qu’il y a mort et disparition et donc, elle ne peut se confondre avec la répétition : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », proclamait déjà la sagesse d’Héraclite. « Transmettre, c’est perdre plusieurs fois ». En second lieu, nous savons que nous avons déjà perdu une partie de ce que nous avons reçu par oubli, incompréhension, refus conscient ou inconscient, par indisponibilité intérieure ou inadéquation entre nos besoins, nos valeurs, notre culture propre et les propositions de l’autre, celui qui tente de nous transmettre un héritage.

En second lieu, quand nous transmettons un savoir ou des valeurs, l’acte même en effet nous modifie. Pour accéder à l’autre, il nous faut remettre en jeu les représentations de notre savoir et accepter des remaniements intérieurs pour entrer dans son monde. Cela entraîne à la fois, un changement de notre manière de faire, d’être, et du contenu envisagé. Je l’ai expérimenté, tant dans l’enseignement que dans la pratique de formation en fonctionnant avec des publics très différents. Cette transformation intérieure va bien au-delà d’une question de pédagogie ajustée ou de choix de vocabulaire. Parler du deuil, en transmettre les concepts à des parents éprouvés, à des soignants de terrain, à des intellectuels, à des croyants s’interrogeant sur cette épreuve, cela trace des sillons en soi qui interrogent l’essentiel. Et la manière de se confronter à sa propre fragilité et d’investir la relation à l’autre, revisitent la pratique.

Enfin, nous perdons une troisième fois, quand nous constatons ce que l’élève, le disciple, nos enfants, les acquéreurs de notre patrimoine professionnel, les bénéficiaires d’une donation ont ajouté ou retiré à ce qui a circulé. « J’ai mis trente ans à faire le deuil de quelque chose qui ne m’appartenait pas », prononce la vieille directrice d’école dans Les mémoires de Jeanne de Valois d’Antonine Maillet, qui a vu l’école qu’elle avait créée, reprise par le gouvernement canadien et la transformer.

C’est ainsi que l’enseignant se trouve au centre de trois générations : en se laissant travailler par l’héritage, il transmet ce qu’il a reçu de ses pères (ou de ses pairs) pour le transformer en création réinterprétée par lui-même, puis par l’élève. C’est en acceptant de perdre une partie de l’héritage qu’un espace s’ouvre pour transmettre de la différence au lieu d’une mémoire compulsive, qui suppose une reproduction à l’identique, alors que la transmission trophique ouvre aux changements en intégrant des éléments nouveaux venant des personnes et de l’environnement et inscrit le sujet « dans une généalogie de vivants »…

Marie- Françoise Bonicel

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