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Un outil pédagogique pour encourager l’estime de soi et le respect des autres

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Maridjo Graner, mis en ligne le 22 mars 2013.


Il est généralement reconnu que l’estime de soi éloigne le besoin de recourir à la violence pour s’affirmer ainsi que le danger d’en être victime. Les mallettes pédagogiques de la Fédération nationale Couples et familles, présentées ici, proposent aux élèves des classes maternelles, primaires et secondaires un grand nombre d’exercices destinés à développer tant l’estime de soi que le respect des autres.

Raisons d’être

Nul ne peut être heureux s’il ne jouit de sa propre estime - J.-J.Rousseau

La conscience de soi et l’individuation, caractéristiques du passage de l’animal à l’homme, s’accompagnent du sentiment intime qu’a l’individu de sa propre importance. Lorsque ce sentiment s’exalte, sous l’influence de facteurs multiples, personnels, familiaux, mais aussi sociaux (sous forme de jugements de valeur collectifs), il devient revendicatif. Le besoin naturel d’estime, exacerbé par l’absence ou l’excès d’estime rencontrés, se scinde en sur et sous-estime de soi comme en sur et sous-estime des autres, source d’affirmation agressive de soi comme de soumission angoissée. (Cf. Paul Diel, Le besoin d’Amour. Tendresse, estime et autorité dans l’éducation des enfants, éd. Payot, 2007).

L’établissement d’une juste estime de soi et le respect des autres sont donc tributaires d’une éducation qu’il revient aux adultes de mettre en place, en tablant sur le fait que des rapports empreints de considération sont plus satisfaisants à vivre pour tous et chacun que la violence et l’humiliation. C’est vrai en ce qui concerne aussi bien les rapports entre pairs, entre générations, entre sexes, du haut en bas des hiérarchies sociales et professionnelles et jusqu’aux rapports entre états.

Or, en tant que Conseillères conjugales et familiales de la Fédération Nationale Couples et Familles, nous rencontrons un grand nombre d’enfants et de jeunes au cours d’interventions en milieu scolaire, . Nos attributions comportent en effet l’animation, en milieu scolaire, des modules Éducation à la vie, élargissement de l’éducation sexuelle proprement dite.

Au cours de ces rencontres, qui se déroulent dans tous les milieux, nous avons remarqué depuis quelques années une aggravation de la violence dans les rapports des jeunes entre eux, et en particulier entre garçons et filles, et l’apparition de questions sur la sexualité si crues et parfois si absurdes qu’elles ne paraissaient pas refléter les préoccupations de jeunes de cet âge.

Une enquête à ce sujet, que nous avons réalisée durant l’année 2000, a révélé l’impact de la " culture " pornographique (dans laquelle ces jeunes baignaient à un point que nous ne soupçonnions pas), sur ces nouveaux comportements.

Les images violentes et pornographiques présentées par les médias (films, cassettes, DVD, Internet, affiches, etc.) auxquels les mineurs ont accès sans restriction, souvent dès l’âge de dix ans, véhiculent des messages et présentent des modèles auxquels ils sont très sensibles, qui les incitent à des rapports brutaux et sans considération de sentiments.

Il nous a paru que nous avions une responsabilité à assumer à notre échelle et à notre place, un autre modèle, ou plutôt une autre approche des rapports humains à proposer face à ce déferlement irresponsable. Comment faire comprendre à des adolescents que le viol est interdit et les mènera en prison quand il leur est proposé que " de toutes façons quand les filles disent non ça veut dire oui " et qu’elles ne demandent que ça, " ça " étant réduit à une gymnastique stéréotypée et à des rapports de domination-soumission.

De nombreux acteurs de l’éducation sexuelle et de l’éducation tout court, tant officiels que privés, assument déjà cette responsabilité. Nous ne faisons qu’apporter notre pierre à l’édifice.

Les mallettes pédagogiques

À la suite de cette enquête la Fédération a en effet a décidé de réaliser d’un outil pédagogique. Il avait pour but « de restaurer l’estime et le respect de la personne que ces images, à côté d’autres facteurs de violence, contribuent à détériorer. La prévention de la violence passe, en particulier, par l’instauration d’une bonne image de soi et de l’autre. [...] Le respect de soi et d’autrui n’est pas inné. Cette attitude doit se transmettre dès la petite enfance et au cours des années suivantes pour obtenir le plus de chance d’imprégner durablement la manière de penser et d’agir au quotidien » (Préface du livret de l’intervenant).

C’est évidemment par l’exemple et par la qualité du regard que les adultes portent sur l’enfant que cette éducation se fera le plus efficacement, ce qui dépasse largement le temps d’une intervention scolaire. Mais il peut être nécessaire de faire faire aux enfants et aux jeunes l’expérience des conséquences satisfaisantes ou non de leurs attitudes, dans le cadre d’exercices et de jeux qui servent d’amorce à leur réflexion, à leur expression et au dialogue qui s’instaure avec les éducateurs. C’est dans cet esprit qu’ont été conçues les mallettes pédagogiques « Pistes de vie ».

Avant de détailler quelques-uns des exercices proposés, présentons le cadre général des interventions en collèges et lycées tel qu’il apparaît dans le Livret de l’intervenant :

« Au-delà des outils spécifiquement centrés sur l’estime de soi et des autres, le travail pédagogique vise plus généralement à aider les adolescent à mieux connaître et accepter leur monde intérieur, avec ses ressources et ses limites ainsi que la réalité qui les entoure, avec ses possibilités et ses contraintes, pour devenir des adultes, responsables de leur vie.

Sur ce. chemin vers l’autonomie l’adolescent a besoin d’être accompagné par des adultes. En effet la " science de la vie " (connaissance du monde intérieur), n’est pas innée et devrait s’apprendre au même titre que celle du monde extérieur. Parents et enseignants sont appelés à répondre à ce besoin, sous peine de laisser les jeunes sous l’influence de valeurs non réfléchies, non repensées, qui peuvent être déstabilisantes et même destructrices.

Les objectifs généraux qui ont guidé ce travail pour accompagner l’adolescent dans son évolution sont de l’aider à :

  • 1. Se connaître, et pour cela s’intérioriser, "regarder" en soi, s’écouter, prendre conscience de ses mouvements intérieurs, de ses sentiments, de ses émotions, de ses croyances, de ses désirs, pour pouvoir agir sur eux au lieu de les subir ;
  • 2. Se contrôler, prendre du recul avec ses émotions sans les extérioriser brutalement ; il y a d’autres manières de s’exprimer que le passage à l’acte agressif ; une connaissance plus nuancée de soi-même permet une expression elle aussi plus nuancée, verbalisée, susceptible d’être mieux reçue par l’interlocuteur ;
  • 3. Accepter la réalité, de son physique (sexe, âge, corps qui se transforme) et de sa psychologie (besoins parfois contradictoires), de son environnement, des règles et lois de la vie sociale, des nécessités et contraintes de la vie quotidienne ;
  • 4. S’ouvrir à une réalité plus large : le monde ne s’arrête pas à son village, à son quartier ; l’adolescent fait partie de l’humanité, il a une place à conquérir par ses engagements ;
  • 5. Prendre plaisir à investir son travail, ses efforts, vers les buts qu’il s’assigne ; rien ne s’obtient sans persévérance ; un travail bien fait est source de contentement et d’estime de soi, c’est une réalité incontournable ».

Présentation de l’outil

Deux mallettes, l’une à destination des enfants (Maternelles et Primaires), l’autre adaptée aux adolescents (Collèges et Lycées).

Chacun des exercices proposés, questionnaires, jeux, saynètes et scénarios, langage-photos, contes ou thèmes de discussion, vise à faire prendre conscience aux jeunes de leur vie intérieure et à les aider à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent. Plus cette approche d’eux-mêmes sera sensible plus ils seront capables de prendre en considération la vie intérieure et la sensibilité des autres. Chaque exercice permet de mettre en miroir leur valeur propre et celle des autres, le respect dû à leur commune dignité, à leur commune humanité. Nous en donnons ici quelques exemples.

1- En Maternelle

-  Pour les Petits : des saynètes de marionnettes :

En voici un des thèmes, à inclure dans le déroulement d’une histoire :

« Bonjour Victor - Snif, snif - Pourquoi tu pleures Victor ? - Je veux maman - Viens sur mes genoux. Oui on a le droit d’être triste, tu as raison de nous le dire ».

S’adressant au groupe : « Victor est triste, il voulait rester avec sa maman. Alors qu’est-ce qu’on va faire pour le consoler ? »

Cette saynète permet aussi d’ouvrir l’échange avec les enfants sur ce qui, eux, les rend tristes.

-  Pour les plus grands :

Mise en scène, avec les marionnettes, d’enfants qui se disputent, qui humilient, excluent ou accusent un(e) camarade, ou sont eux-mêmes victimes.

Après chaque saynète l’animateur demande ce que chacun ressent et fait chercher une solution au cas présenté.

A titre d’exemple voici « Ainsi font, font, font...les Marionnettes comme support d’animation en école maternelle », extraits du compte rendu, par Esther Liechti. d’une animation qu’elle a réalisée avec une collègue en Picardie :

« Une directrice d’école maternelle et primaire a fait la demande à Couples et Familles d’intervenir dans différentes classes sur le thème de la violence suite à des comportements et des actes violents dans son établissement. Actes commis dans la cour de l’école, dans la rue et même à la maison, dans la fratrie, entre parents... des actes qui font mal et qui sont difficiles à supporter, à comprendre et à dire. Trois interventions par classe ont été programmées, animées en binôme. Les enseignants ont assisté aux animations et se sont impliqués entre les interventions.

Dans une classe de Moyens (4 ans), nous étions assises sur des petites chaises, à la hauteur des enfants et devant nous était posée une valise contenant les marionnettes, prêtes à entrer en scène au fur et à mesure de l’évolution des petits sketches que nous avions créés pour ces interventions : - la séparation - la connaissance et le respect du corps - les violences physiques (coups, gifles...) - les peurs - le respect de l’autre - la douleur - etc.

Nous nous sommes présentées aux enfants et leur avons expliqué notre venue. Nous avons discuté librement avec eux au sujet des vacances, [...] chacun participait librement. Nous avons orienté la discussion sur les doudous qu’ils venaient de ranger dans un panier, lorsque tout à coup Coco, un petit garçon, est sorti de la valise et s’est mêlé à la conversation. Les enfants l’ont accueilli chaleureusement jusqu’à ce que sa mère l’appelle pour aller à l’école... Les enfants se taisaient, captivés par l’histoire. La marionnette animée devient une personne à part entière et l’enfant s’adresse facilement à elle, s’y identifie ou s’en démarque, sans prendre en compte la personne qui l’anime. C’est la marionnette qui lui parle, c’est avec elle qu’il rigole et à elle qu’il confie un secret.

À la fin de chaque séquence nous avons invité les enfants à trouver des solutions avec les marionnettes et à réfléchir si des choses semblables leur étaient déjà arrivées. Selon la résonance de l’histoire, il y avait d’abord un silence, suivi de réactions souvent vives. Par exemple après une histoire où les enfants se disputaient les crayons et déchiraient le dessin du copain, une fillette intervint : « Moi aussi, je déchirais les dessins des autres. Avant. Et j’arrachais même le papier peint à la maison. Avant. Maintenant je ne le fais plus. Mon frère me griffe, il est petit ». Un autre enfant dit : « Maman et Papa se battent... ». Nous avions remarqué une fillette avec un hématome sur la joue qui se cachait derrière son doudou et nous tournait le dos jusqu’à ce moment-là .Elle s’avança vers Coco et lui montra son bleu. « C’est Papa », dit-elle en caressant doucement la tête de Coco. Son demi-frère, qui était dans la même classe, bondit de sa chaise et expliqua : « Oui, il lui met des coups de boule parfois - comme ça (il fit les gestes) et à moi aussi. Il m’a griffé, ça a saigné. » Nous questionnons : « C’est ton chat qui t’a griffé ? » « Non, c’est Tonton (le beau-père). »

Ces interventions ont confirmé des violences soupçonnées par les enseignants. Dans un travail de suite, pour les uns des dessins, pour les autres la fabrication d’une marionnette, les enfants ont pu reparler des marionnettes et mettre des mots sur leur vécu. Les parents ont pu visiter la galerie de dessins et lire les commentaires des enfants. Cela n’était pas facile pour les parents, mais porteur de remises en question et de discussions. La fillette et son père ont été reçus le lendemain de l’intervention par le médecin de la PMI.

Nous avons été frappées par les capacités et la qualité d’élaboration des enfants contrastant parfois avec des comportements agités ou une quête affective disproportionnée par rapport à leur âge. Nous avons été impressionnées par leur participation et leur attention soutenue, au point que la durée des interventions était parfois trop courte pour répondre à toutes leurs interrogations. Pour nous dire au revoir, les enfants lançaient des poignées de bisous à Coco et ses amis et leurs yeux semblaient dire : « Marionnettes, marionnettes recommencez ! »

Placer l’enfant comme acteur de la réflexion, après avoir été spectateur, a largement favorisé l’expression de leurs ressentis et de leurs émotions.

2 - Pour les Classes primaires.

Parmi les exercices proposés :

  • Des contes traditionnels, qui font passer un message de « sagesse » à faire découvrir et commenter.
  • Des questionnaires d’identification
    • a) " Qui suis-je ?" : pour faire prendre conscience aux enfants de leur individualité et de celle des autres et aussi leur apprendre à accueillir la différence des sentiments, des goûts, des valeurs, sans renier les siens. On trouve des questions telles que : ce qui me met en colère, ce dont je suis fier(ère), ce qui me rend triste, la couleur que je préfère, etc. Les réponses, écrites, sont suivies d’un partage oral.
    • b) "Je m’intéresse à " : chacun coche sa ou ses réponses dans une liste (musique, cuisine, voyages, couture, sport, lecture, etc.). Puis les enfants recherchent en groupe les compétences requises pour pratiquer ou développer leurs intérêts : il n’y a pas de hiérarchie des compétences mais plusieurs formes d’intelligence.
  • Le jeu de la vie

II se présente sous la forme d’un jeu de l’oie, chaque case comportant une question du questionnaire « Qui suis-je », ou présentant un obstacle à la progression du joueur, comme dans un jeu de l’oie ordinaire. Ainsi, dit Sylvie de Gasperi, conseillère conjugale et familiale dans les Yvelines, qui a créé cet outil. « l’animateur peut inviter l’enfant à s’exprimer sur les notions de gagner et de perdre ; comment il vit la frustration, etc. Les enfants du groupe de soutien scolaire sont enthousiastes et redemandent ce jeu de semaine en semaine ».

Les cartes des émotions

Chacun tire une de ces cartes et est invité (mais jamais obligé) à dire quand il a ressenti l’émotion représentée. L’objectif est d’apprendre à reconnaître ses émotions, à prendre conscience que toute émotion a une histoire et une signification, qu’elle peut être gérée, qu’il est important d’exprimer ce que l’on ressent, de chercher à qui on peut en parler.

3 - Pour les Collèges

Un certain nombre d’exercices sont communs aux deux mallettes : contes, questionnaires, cartes des émotions, par exemple (mais les questions varient selon l’âge et l’exploitation des réponses est adaptée à chaque classe). D’autres sont réservés au Collège. Nous en présentons ici quelques uns.

L’exercice d’attitudes par phrases affirmatives

Nous avons intégré dans la mallette les « exercices d’attitudes par phrases affirmatives », que Kerstin Mallet, conseillère conjugale et familiale et formatrice, d’origine suédoise, a introduits en France et que nous utilisons à Couples et Familles sous le titre « Je suis d’accord ; pas d’accord », avec des phrases adaptées aux problèmes les plus fréquemment rencontrés.

Elle définit ainsi leur objectif : « démarrer une discussion ; éclaircir ses propres attitudes et opinions ; écouter les autres et s’ouvrir à leurs opinions et arguments. Les réponses sont reçues sans jugement mais l’animateur apporte son point de vue et doit transmettre une certaine éthique universelle liée aux droits de l’homme ».

Les participants sont invités à cocher la case "je suis d’accord", "je ne suis pas d’accord " ou "je ne sais pas " en face d’une liste d’affirmations. Par exemple : " II faut s’habiller comme tout le monde " ; « se moquer des autres c’est amusant " ; " les filles ont le droit de jouer au foot " ; " tout le monde a le droit d’être respecté " ; etc. Suit une discussion en petits groupes (chacun apportant son point de vue), rapportée au grand groupe par un porte-parole.

Plusieurs méthodes d’animation sont proposées suivant l’âge des participants. Nous retiendrons à titre d’exemple celle que K.Mallet a mise au point pour les plus jeunes et réalisée, en co-animation avec l’infirmière scolaire, en classe de 6e en région parisienne :

Règle du jeu : Dans un coin de la classe un panneau OUI, dans l’autre un panneau NON dans le troisième JE NE SAIS PAS. Après lecture d’une phrase chaque élève choisit un carton « oui », « non », « je ne sais pas », sans le montrer aux autres pour ne pas s’influencer mutuellement. Puis au signal chacun(e) rejoint le coin qui correspond à son opinion... dans une joyeuse bousculade. Dans chaque groupe tout le monde s’exprime, formule ses arguments, qui seront ensuite présentés aux autres groupes et discutés tous ensemble avec la participation des animateurs. Tous les arguments ont le même droit d’être entendus. On les écoute jusqu’au bout même si on n’est pas d’accord. On a aussi le droit de changer d’avis si on a été convaincu. Puis on passe à une autre phrase.

Voici quelques exemples des réponses obtenues à deux des phrases proposées :

  • a) « C’est important d’avoir des vêtements de marque »
    • Oui : « c’est joli » - « ça fait un style » - « c’est un signe » - « c’est meilleure qualité » - « comme ça on n’est pas insulté ».
    • Non : « y en a qui ont pas d’argent pour acheter des marques mais c’est pas grave »- « les gens qui les fabriquent ils sont payés 1 euro »- « j’ai le droit de m’habiller comme je veux et de pas faire de la pub aux marques ».
    • Ne sait pas : « moi ça me fait rien » - « on peut porter de la marque mais on est pas obligé, on fait ce qu’on veut ».

Face à ceux qui accordent de l’importance aux marques les anti n’osent pas donner leur avis sauf lorsque, comme ici, ils se sentent confortés par le groupe. Contrairement à ce qu’on pourrait penser il y a une majorité de oui chez les garçons, de non chez les filles.

  • b) «  S’insulter c ’est un jeu  »
    • Oui : « y en a c’est leur façon de parler, ils parlent toujours comme ça » - « des fois c’est pour rigoler avec les autres » - « des fois les autres savent qu’on rigole mais si ils savent pas on va parler normalement » - « si on nous charrie on les charrie ».
    • Non : « ça peut faire mal » - « les gros mots c’est pas joli, c’est mal et ça fait mal » - « quand la personne charrie et voit que ça nous blesse souvent elle continue ».
    • Ne sait pas : « je sais pas quoi dire mais je crois pas que c’est un jeu » - « ça dépend de la personne et comment on le prend » - « ça dépend si c’est très insultant ou si tu rigoles ».

Un garçon dit « J’ai bien le droit de me moquer ». Un jeu de rôle lui est proposé : « Bon, viens, moi je suis une petite fille et j’ai des grosses lunettes, je suis moche avec mes grosses lunettes. Tu te moques de moi, vas-y ». Le garçon commence puis s’arrête, gêné. « Qu’est-ce que tu ressens quand tu te moques ? »- « je me sens pas bien ». « Et moi qu’est-ce que tu penses que je ressens ? » - « Hm ,oui ...c’est dégueulasse ». Est-il gêné parce qu’il s’adresse à une adulte ou a-t-il pris conscience que ce n’est pas toujours anodin de se moquer ? Sans doute un peu les deux.

Bilan de la séance

« Qu’est-ce qui t’a plu dans cette séance ? »

Voici quelques unes des réponses obtenues par écrit : « Ce qui m’a plu c’est le jeu des trois coins, de connaître l’opinion des autres c’est toujours intéressant et c’était une bonne séance » - « J’ai beaucoup aimé car nous avons parlé de la vie de tous les jours, ça peut se passer à n’importe quel moment » - « J’ai bien aimé cette séance car elle m’a fait travaillé la tête et a fait pensé des conseils aux autres » - « J’ai bien aimé car nous avons parlé de choses réelles et très importantes, ça serait bien de recommencer ».

A la fin de ce bilan les élèves ont proposé des sujets de discussion pour d’autres séances, tels que : la vie dans la famille, au collège, dans la cité ; la maltraitance, le viol, vols et violences, la police (quelques élèves viennent d’une cité où, avait dit l’un d’eux au cours de la séance « il faut battre un plus grand que soi pour avoir de l’honneur dans la bande et si en plus on a jeté des pierres sur la police... ! » ; cette remarque avait été discutée en grand groupe) ; et enfin un sujet plus inattendu : « pourquoi il y a des gens qui veulent décourager les autres ? ».

Un CD et un DVD présentent de courtes scènes de la vie des adolescents qui permettent d’amorcer dialogue et débat, par exemple sur l’image de soi, l’exclusion, le racisme, les abus sexuels.

Pour les lycéens des groupes de discussion sont prévus, pour permettre à chacun de dire ce qu’il met derrière les mots « respect » ou « estime de soi », ou « peur ». Autres possibilités : partir de différentes définitions du mot « respect », ou de la distinction « respecter quelqu’un » et « en avoir peur » ; etc.

Accueillir, sans jugement, la parole des enfants et des jeunes leur permet de prendre conscience d’idées et d’émotions, qui, sans cette liberté d’expression, resteraient confuses et renonceraient à se faire entendre ou ne pourraient trouver d’autre moyen de s’extérioriser que dans l’agir. Les animateurs sont souvent frappés par une maturité inattendue chez des élèves très jeunes ou en difficulté sur le plan scolaire, qui révèlent dans ces séances un autre aspect d’eux-mêmes.

Toutes les animations ne se déroulent pas dans une atmosphère calme et consensuelle. Des conflits peuvent éclater entre élèves, des questions et des réponses volontairement provocatrices, surtout de la part des adolescents, peuvent chercher à déstabiliser les intervenants. Maladroitement utilisés des outils tels que les cartes des émotions ou les questionnaires « Qui suis-je » peuvent au contraire déstabiliser des élèves touchés sur un point douloureux. L’animateur doit connaître ces difficultés pour pouvoir s’y préparer, et de toutes façons prendre lui-même du recul avec son affectivité, sa susceptibilité, pour pouvoir faire travailler les jeunes sur le conflit, la provocation, l’émotion, qui ne sont pas à craindre mais à exploiter. Il est indispensable d’avoir une certaine habitude de l’animation et une bonne connaissance de soi et de ces outils pour pouvoir s’adapter aux réactions des jeunes.

La formation des jeunes à l’auto-formation implique celle des adultes à leur propre auto-formation.

Maridjo Graner, auteure de Mieux comprendre nos comportements. Regards sur nos raisons et déraisons d’agir, Éd Chronique sociale, 2011.

Mallettes pédagogiques :

"Pistes de vie, pour encourager l’estime de soi et le respect de l’autre". Deux mallettes, l’une pour les Maternelles et le Primaire, l’autre pour Collège-Lycée.

Ces mallettes ne sont pas rééditées. Pour le prêt de ce matériel, se renseigner auprès des CODES ou IREPS et auprès des Associations Couples et Familles.


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