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Un ministre magister

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Claude Lelièvre, mis en ligne le 14 mai 2018.

Le Ministre de l’Education nationale, J-M. Blanquer, vient de publier quatre circulaires sur le b.a ba en lecture, la grammaire, la dictée et le calcul mental quotidiens, et va même jusqu’à préciser comment les enseignants doivent se déplacer dans la classe, ou le type de cahier souhaitable. Ces circulaires s’adressent avant tout à une certaine opinion dans un certain contexte régressif. Ce n’est pas par hasard qu’elles sont annoncées urbi et orbi dans l’espace public, notamment dans « Le Parisien ».

Alors, puisqu’il s’agit surtout d’ ’’opinion’’, reprenons en antidote les tours et détours de textes anciens. De qui sont-ils ?

Qui a dit : « Pourquoi tous ces ’’accessoires’’ auxquels nous attachons tant de prix, que nous groupons autour de l’enseignement fondamental et traditionnel du « lire, écrire et compter » : les leçons de choses, l’enseignement du dessin, les notions d’histoire naturelle, les musées scolaires, la gymnastique, les promenades scolaires, le travail manuel, le chant, la musique chorale […] ? Parce qu’ils sont à nos yeux la chose principale, parce qu’en eux réside la vertu éducative […]. Telle est la grande distinction, la grande ligne de séparation entre l’ancien régime, le régime traditionnel, et le nouveau »

« Les hommes d’ancien régime dans l’enseignement primaire sont un peu surpris de ce que nous entreprenons ; ils sont même un peu choqués ! Mais, disent-ils, est-ce que, autrefois, avec les anciennes méthodes, avec le programme restreint à lire, à écrire et à compter, on ne faisait pas des élèves sachant bien lire, écrivant correctement, comptant à merveille, comptant et écrivant peut-être mieux que ceux d’aujourd’hui, au bout d’un an ou deux d’école ? Cela est possible ; il se peut que l’éducation que nous voulons donner dès la petite classe nuise un peu à ce que j’appelais tout à l’heure la discipline mécanique de l’esprit. Oui, il est possible qu’au bout d’un an ou deux, nos petits enfants soient un peu moins familiers avec certaines difficultés de lecture ; seulement, entre eux et les autres, il y a cette différence : c’est que ceux qui sont plus forts sur le mécanisme ne comprennent rien à ce qu’ils lisent, tandis que les nôtres comprennent. Voilà l’esprit de nos réformes » (1).

« Oui , vous avez compris qu’il faut dans les programmes réduire la part des matières qui y tiennent une part excessive. ; vous avez compris qu’aux anciens procédés qui consument tant de temps en vain, à la vieille méthode grammaticale, à la dictée – à l’abus de la dictée -, il faut substituer un enseignement plus libre, plus vivant, plus substantiel » (2).

« Mettre l’orthographe, qui est une des grandes prétentions de la langue française, mais prétention parfois excessive, au premier rang de toutes les connaissances ce n’est pas faire de la bonne pédagogie : il vaut mieux être capable d’écrire une lettre, de rédiger un récit, de faire n’importe quelle composition française, dût-on même la semer de quelques fautes d’orthographe » (3).

« Nous voulons des éducateurs ! Est-ce là être trop ambitieux ? Non. Et je n’en veux pour preuve que la direction actuelle de la pédagogie, que les méthodes nouvelles qui ont pris tant de développement, ces méthodes qui consistent, non plus à dicter comme un arrêt la règle à l’enfant, mais à la lui faire trouver ; qui se proposent avant tout d’exciter la spontanéité de l’enfant, pour en diriger le développement normal au lieu de l’emprisonner dans des règles toutes faites auxquelles il n’entend rien, au lieu de l’enfermer dans des formules dont il ne retire que de l’ennui, et qui n’aboutissent qu’à jeter dans ces petites têtes des idées vagues et pesantes, et comme une sorte de crépuscule intellectuel » (4)

Et enfin, pour faire bonne mesure avec le ’’magister’’ Blanquer : « Nous voulons que ce type (d’instituteur) qui ressemble bien moins à un maître qu’à un sous-officier instructeur, car, ainsi que le sous-officier a la théorie, il a, lui, le manuel : et au lieu de l’onction du maître, le ton du commandement et l’allure impériale, nous voulons que ce type de magister disparaisse complètement » (5)

Ces citations sont de Jules Ferry lui-même bien sûr ! Et il arrive que le ministre de l’Education nationale, loin de contribuer à faire advenir une nouvelle Ecole « comme cela n’était pas arrivé depuis Jules Ferry », va au contraire en sens inverse, vers ’’l’Ancien Régime’’. On croit ’’rêver’’.

Notes :

1) Jules Ferry le 19 avril 1881 au congrès pédagogique des instituteurs et institutrices de France. 2) Ferry, au congrès pédagogique du 2 avril 1880 des directeurs d’écoles normales et des inspecteurs primaires.3) Ferry au Sénat le 31 mars 1881, à propos du brevet de capacité qui permet d’enseigner dans le primaire. 4) Ferry au Congrès pédagogique du 2 avril 1880 des inspecteurs primaires. 5) Ferry au congrès pédagogique du 2 avril 1880.


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