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L’audition en cours de musique : une prise de risque pédagogique et affective

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Jean-Charles Léon, mis en ligne le 8 juillet 2013.

L’audition fait partie de ces moments pédagogiques délicats pendant lesquels le cognitif et l’affectif sont étroitement mêlés. Le professeur d’éducation musicale choisit souvent des œuvres qu’il aime, qu’il a étudiées, qu’il s’est approprié ; il y investit nécessairement une part subjective de ses émotions, part qu’il livre inconsciemment aux élèves et à leur jugement. L’enfant, lui, pratique avec plaisir une forme d’audition en dehors du collège, avec son lecteur mp3 ou son téléphone portable, son ordinateur et ses téléchargements plus ou moins légaux. Écouter de la musique est pour lui une activité à haute valeur sociale et identitaire, faite d’échanges avec ses amis, de discussions enfiévrées sur le dernier morceau à la mode, le dernier clip et plus encore, d’identification groupale.

L’audition qu’il va rencontrer dans le cadre du cours de musique est éloignée de celle qu’il pratique habituellement. D’abord, il n’a le choix ni de la musique ni de la façon de l’écouter. C’est une activité « scolaire » intrusive, qui s’impose à l’élève : il n’a pas d’échappatoire à l’obligation d’écouter, aucun moyen d’échapper à ce qu’il entend ; la rêverie, le refus ou la rébellion n’empêcheront pas l’enfant d’être envahi par la musique diffusée par l’enseignant. L’élève ne peut qu’entendre même s’il ne veut pas écouter. La déception ressentie est compréhensible : au collège, il entendra rarement « sa » musique.

C’est plutôt « celle du professeur » qu’on lui impose, celle à laquelle sont attachés de nombreux a priori culturels ou sociaux.

C’est certainement pour cela que, plus que dans de nombreuses disciplines scolaires, le professeur de musique est confronté aux jugements agressifs et déstabilisants de l’élève. Il est courant qu’il entende des phrases comme « c’est nul », « ce n’est pas mon style », « c’est une question de goût », « chacun son style », « ça me saoule », ou encore « ça me prend la tête »... accompagnant des chefs d’œuvre. Le jugement abrupt et sans concession est souvent la première réaction de l’élève à l’audition d’une œuvre qu’il ne connaît pas encore1, surtout si c’est une composition dite classique. Non seulement l’enseignant entend, mais il voit également : mouvements compulsifs, corps instables, trousses qui tombent, qui s’ouvrent et se referment sans raison, attitudes d’opposition, de rejet..., comme si, telle une Tarentelle, une danse de saint-Guy ou une Folie d’Espagne, la musique avait un pouvoir sur le corps. On peut dire que la première audition provoque un débordement émotionnel qui favorise le mouvement et la pensée d’opposition, la pensée dogmatique. Le corps et la voix deviennent deux vecteurs de la peur d’apprendre, de la résistance immédiate à la dépression cognitive et de la découverte du non-su qui déstabilisent.

L’enseignant est prévenu : il n’y a rien à faire. Autrement dit, l’audition peut être synonyme d’ouverture d’un espace symbolique et psychique qui met en danger les deux parties, où le jugement a priori, le ressenti immédiat et la pensée dogmatique l’emporteraient sur la pensée critique, l’apprentissage lent et méticuleux d’un plaisir nouveau, la découverte d’une culture exogène.

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