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Eloge de l’éducation lente

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Joan Domènech Francesch, mis en ligne le 3 novembre 2011.

Préface à l’édition française

«  Arrêter la course pour passer de l’homme qui s’agite en tous sens à l’homme qui agit pour le sens    ». Jean-Patrick Chauvin, Quand la maladie nous enseigne, Édition Josette Lyon, 2007]]

«  Je n’ai pas le temps…  ». Cette ritournelle, que de fois l’avons-nous entendue, pensée ou prononcée  ! Le temps nous égare, le temps nous étreint. Mais le temps peut être aussi un havre, avant un nouveau départ, dans la même direction ou vers d’autres horizons. Comme dans une gare, nous descendons alors d’un train et nous en prenons un autre (ou pas).

Le temps nous égare, le temps nous étreint. Le temps nous est gare, le temps nous est train comme le dit joliment le poète [1].

«  Lors d’une réunion parents-professeurs, la professeure de dessin a glorifié mon fils, raconte Carl Honoré  : “– C’est un jeune artiste très doué  !”. Ce soir-là, j’ai cherché activement où trouver des leçons de dessin et des professeurs capables d’alimenter le génie de mon fils. “– Mais papa, moi, ce que je veux, c’est dessiner. Pourquoi c’est toujours les adultes qui décident  ?” ». Là, le père a alors pris conscience que c’était lui qui voulait pour – à la place de – son fils, qu’il régentait le temps de son fils  : il n’était donc pas à l’écoute de ce que voulait véritablement celui-ci [2]. Quand je veux le bien de mon enfant, quand j’ai peur pour mon enfant, quand je veux qu’il soit heureux, etc., c’est bien moi qui veux ceci ou cela. Certes, c’est «  pour son bien  », mais que sais-je de son bien  ? Où, quand et comment ai-je évalué son bien dans mon analyse, puisqu’il ne s’agit que de moi, de ce que je crois, à chaque instant  ?

Réfléchir à une éducation lente, c’est d’abord réfléchir au temps

Le mouvement «  slow  », dit «  de la lenteur  » [3], utilise l’étiquette «  lenteur  » comme un bélier, pour attirer l’attention [4]. En fait, il ne s’agit pas de lenteur ni de ralentir, mais de trouver le temps «  juste  », propre à chaque situation. Parfois long, parfois bref  ; parfois lent, parfois rapide  ; et donc lent ou rapide dans le long, lent ou rapide dans le bref. C’est, en somme, une question de tempo. Et plus qu’une question de tempo – c’est-à-dire de rythme et de quantité –, c’est, d’abord et avant tout, une question de qualité. L’aspect temporel n’est, en fait, que secondaire, anecdotique, après le souci premier de qualité. Le mouvement «  slow  », comme son nom ne l’indique pas, ne porte donc pas sur la lenteur ni sur la vitesse, mais sur la qualité de la vie.

Réfléchir à une éducation lente, c’est aussi réfléchir au paradigme «  éducation  »

L’éducation est une question de temps. L’éducation n’existe pas hors du temps. C’est un premier aspect  : le temps de l’éducation, propre à l’éducation.

Le second aspect – mais n’est-ce pas un peu le même  ? –, c’est l’éducation au temps. Quand le temps nous est-il enseigné  ? Et lorsqu’il l’est, comment et de quel temps s’agit-il  ? Et pouvons-nous enseigner ce que nous ne sommes pas  ?

Réfléchir à une éducation lente, c’est réfléchir à la qualité de notre vie

C’est, entre autres, toutes ces questions que ce livre nous propose d’explorer. Pour notre propre confort, sans doute. Et, en même temps, pour nos enfants, nos élèves, nos étudiants, nos formés, nos apprenants… Car pouvons-nous enseigner, c’est-à-dire montrer, autre chose que ce que nous sommes, autre chose que nos propres conceptions du temps et de la vie ? Nous y interrogerons alors notre propre éducation et les traces que nous en transférons, inconsciemment, sur celui/celle que nous voulons aider – et plus généralement sur tous ceux qui nous entourent. Notre propre temps et notre propre éducation apparaîtront, en fin de compte, beaucoup plus importants, beaucoup plus décisifs, à notre égard et au leur, que tout ce que nous pourrions imaginer pour eux ou sur eux. Prenons le temps de lire maintenant cet éloge de l’éducation lente, car si ce n’est pas maintenant, ce sera quand  ?

Jean-Pierre Lepri [5]

Antoine Debien a relu une partie de ce texte et a éclairé les traducteurs sur les différents types d’horloges et leur fonctionnement. Emmanuelle Pingault a porté sa réflexion critique sur l’ensemble, a offert des suggestions avisées et une relecture minutieuse. Les traducteurs leur sont redevables de les avoir aidés à rendre ce texte encore plus compréhensible et plus fluide, et ils leur expriment leur profonde gratitude.

Ils disent de ce livre

La mécanisation, l’hyperspécialisation, la chronométrisation de la vie... provoquent, en réaction, une aspiration à la « vraie vie », celle où la qualité prime sur la quantité. Comme je suis partisan de slow food, slow life, je suis plus que partisan de slow éducation. Retrouvons notre temps propre, physique, biologique, psychique, récupérons-le sur le temps chronométré, minuté, stressant. Edgar Morin, ethnologue, CNRS, auteur de La Voie, Fayard

J’ai consacré la majeure partie de mes recherches à l’étude du développement, des conduites, des temps et des rythmes de l’enfant et j’ai proposé un réaménagement des temps et des espaces scolaires. Je ne peux donc que souscrire aux analyses et propositions de Joan Domènech.

Hubert Montagner, psychophysiologue, INSERM, auteur de Les Rythmes de l’enfant, Stock

L’éducation lente, pour que « l’emploi du temps » ne soit plus une sorte d’ordonnance pour le gavage des cerveaux, mais devienne véritablement, au sens propre, le choix quotidien et décisif de chacun, à l’école et tout au long de la vie.

Jean-Louis Servan-Schreiber, Human Rights Watch, auteur de L’Art du temps et de Trop vite !, Albin Michel

On amène les enfants à jardiner un peu, à se relier à la variabilité de la terre ; ainsi ils s’aperçoivent que tout a un cycle, qu’il faut de la patience, que les choses ne viennent pas comme ça, sur un claquement de doigts. L’éducation lente est celle des cycles naturels.

Pierre Rabhi, agro-écologue, mouvement Colibris

Joan Domènech réhabilite le « temps juste », c’est-à-dire l’harmonie entre l’instant du temps et le temps des physiciens. Ce temps juste régit l’intelligence des sentiments, laquelle peut ainsi se déployer, non obscurcie par l’intelligence analytique.

Basarab Nicolescu, physicien, CNRS

En ces temps de négation du temps, l’éducation – et tout particulièrement l’École – a comme objectif la création d’espaces de décélération.

Philippe Meirieu, professeur des universités, auteur de Pédagogie : le devoir de résister, ESF

Vite !… une éducation lente. Une éducation qui sait reconnaître le fondamental, au plan des processus et non des résultats, une éducation qui permet de comprendre ce qui s’apprend, et qui donne du sens aux savoirs acquis.

Éveline Charmeux, formatrice de professeurs

Permettre à tous les enfants d’être à égalité devant l’accès à la connaissance ? C’est ce que poursuit Joan Domènech dans la recherche du temps « juste ».

Martine Auzou, auteur de Une société sans exclusion : l’école, Parangon

Joan Domènech propose de diminuer le stress des enfants, des parents et des enseignants, d’augmenter l’estime de soi, la créativité, d’établir de bons rapports entre les personnes…

Céline Lamare, professeur d’école, Prix 2011 des Enseignants Innovants

Je trouve extraordinaire l’idée de vouloir préserver les enfants de cette vie courue, plutôt que vécue. Je souhaite que les projets de Joan Domènech, d’un rythme normal d’humain naturel, s’installent dans nos existences… Belle vie à cet ouvrage !

Sophie Rabhi, La Ferme des enfants

Joan Domènech met en avant le souci de la qualité de vie à l’école et à la maison, tout comme Freinet qui promouvait le temps du tâtonnement expérimental ou comme Rousseau pour qui « le plus important en éducation n’est pas de gagner du temps, mais de savoir en perdre. »

Sylvain Connac, ICEM-Pédagogie Freinet, chercheur en sciences de l’éducation, auteur de Apprendre avec les pédagogies coopératives, ESF

Suivre les propositions de Joan Domènech, c’est rendre opératoire la pensée de Gaston Bachelard : « tout apprentissage solide se nourrit de lenteur ». Cela devrait enfin permettre une révolution éducative qui commencerait par retrouver le temps perdu.

Charles Pepinster, Groupe belge d’éducation nouvelle

Tout apprenant doit pouvoir vivre des valeurs très diverses du temps : la rapidité, la contemplation, le projet, l’autobiographie, le temps fictionnel, le débat collectif, et vivre ces temps « interstitiels » chers à Pierre Sansot. Les cinquante propositions de Joan Domènech sont un matériau vivant, à brasser pour enrichir et poursuivre la réflexion.

Daniel Bersweiler, Les Cahiers pédagogiques-Cercle de réflexion et d’action pédagogique, auteur de L’Enfant et le temps, Université Nancy 2

L’appel de Joan Domènech pour une éducation lente apparaît comme un mot d’ordre iconoclaste et une invitation à reprendre le contrôle de nos vies.

Laurent Ott, professeur d’école, docteur en philosophie, auteur de Les Enfants seuls, Dunod

Notes

[1] Jacques Prévert.

[2] De là est née son action en faveur de l’éducation lente – explicitée notamment dans son Manifeste pour une enfance heureuse, Marabout, 2008. Quant à son enfant, il aura su demander (ou pas) le «  cours  » ou l’aide dont il ressentait le besoin, au moment où il en avait besoin, avec qui et avec la durée qui convenaient à son besoin.

[3] Slow food, slow city, slow design, slow sex, slow education…

[4] Le mot «  slow  », tout comme le mot «  décroissance  », est chargé d’une fonction de «  bélier  » ou d’«  obus  », pour susciter l’attention. Ces mots ont, selon leurs partisans, un sens plus profond et plus complexe que l’étiquette de surface ne le laisse penser – ce dont leurs contempteurs, ceux dont les intérêts seraient mis à mal si ces théories se concrétisaient, jouent allègrement, en feignant de n’en retenir que le sens superficiel.

[5] Inspecteur hors classe de l’Éducation nationale (France), expert principal et consultant pour l’Unesco. Titulaire de deux doctorats (éducation et sociologie) et de deux Diplômes d’études approfondies (espagnol et lettres modernes). A travaillé en éducation-formation, vingt ans en France et trente ans dans une quinzaine d’autres pays, sur les cinq continents. Animateur du CREA-Apprendre la vie (Cercle de réflexion pour une éducation authentique)  : education-authentique.org.


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