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A l’aube d’une toute autre histoire de l’école...

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Claude Lelièvre, mis en ligne le 27 juin 2014.

Claude LELIÈVRE

Une enquête de 2011... et une citation de 1946 !

La démocratisation enfin au-dessus de l’élitisme républicain ?

UNE ENQUÊTE

C’est l’orientation privilégiée par une majorité de Français dans un récent sondage. Même si seulement une minorité d’entre eux font confiance dans l’Ecole telle qu’elle est pour œuvrer dans ce sens. Mais c’est un net encouragement pour ceux qui tentent de « refonder l’Ecole », en vue d’assurer justement la prééminence de cette ‘’démocratisation’’, selon un sondage “IPSOS” réalisé fin juillet 2011 auprès d’un échantillon national représentatif d’un millier de personnes sur « la perception par les Français de l’éducation nationale » ( pour un numéro spécial « Marianne/L’Histoire » paru en septembre 2011 ).

À la question « Pour chacun des rôles suivants, précisez s’il s’agit selon vous d’un rôle très, plutôt, plutôt pas ou pas du tout important » : 83% des sondés répondent que le rôle de l’Ecole pour « réduire les inégalités sociales » devrait être important 38% « très important », 45 % « plutôt important » ) contre seulement 34% pour le rôle « permettre de sélectionner les meilleurs » ( 46% « plutôt pas important », 18% « pas du tout important » ).

Les réponses se distribuent sensiblement de façons différentes pour la question suivante : « Faites-vous tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout confiance à l’école pour remplir chacune des missions suivantes ? » : . Pour ce qui concerne « permettre de sélectionner les meilleurs », on a 53% de réponses positives ( 12% de « tout à fait confiance » et 41% de « plutôt confiance" ), alors que les réponses négatives l’emportent de loin pour « réduire les inégalités sociales », à hauteur de 65% ( 49% de « plutôt pas confiance » et 16% de « pas du tout confiance » ).

UNE CITATION

L’historien des politiques scolaires que je suis ne saurait éviter de mettre cela en regard d’une conférence célèbre ( et très éclairante ) prononcée par Henri Wallon le 23 mars 1946 à Besançon ( le Wallon du « Plan Langevin – Wallon  » qui a servi longtemps de référence - plus ou moins mythique, il faut le dire - à de nombreux projets de réforme de gauche du système scolaire ) :

« Il y a deux façons de concevoir l’enseignement démocratique. Il y a d’abord une façon individualiste : c’est poser que tout enfant, quelle que soit son origine sociale, doit pouvoir, s’il en a les mérites, arriver aux plus hautes situations […]. C’est en fait une conception qui reste individualiste en ce sens que, si les situations les plus belles sont données aux plus méritants, il n’y a pas, à tout prendre, une élévation sensible du niveau culturel pour la masse du pays. Aujourd’hui, nous envisageons la réforme démocratique de l’enseignement sous une forme beaucoup plus générale […].

Car même si c’est un enfant du peuple qui est passé au lycée, a pu accéder à l’enseignement supérieur, il entre dans une société qui n’est plus celle de ses origines. Il bénéficie de ses aptitudes intellectuelles et de son zèle au travail, mais en se déclassant, je veux dire en se déclassant vers le haut. Il y a, par conséquent, une sorte d’écrémage progressif, continu, des classes populaires, qui donnent leurs meilleurs sujets pour occuper les situations les plus élevées, les plus rémunératrices ou seulement les plus propres à rendre fiers ceux qui les occupent.

La conception démocratique de l’enseignement qui envisage une élévation totale de la nation quelle que soit la situation occupée, ou plutôt quel que soit le travail et quelles que soient les fonctions qu’auront à accomplir tous les individus de la société, exige – elle - que, selon ses aptitudes naturelles, chacun ait accès à la culture la plus élevée ».

UNE REFONDATION ?

En définitive, selon le plan Langevin-Wallon « l’enseignement doit offrir à tous d’égales possibilités de développement, ouvrir à tous l’accès à la culture, se démocratiser moins par une sélection qui éloigne du peuple les plus doués que par une élévation continue du niveau culturel de l’ensemble de la nation »

Serait-ce enfin à l’ordre du jour, comme semble l’indiquer le sondage ? On serait alors à l’aube d’une toute autre histoire de l’école, bien plus complexe ( et plus ambitieuse ) que celle de ‘’l’élitisme dit républicain’’ ( ou de l’égalité des “chances” ) qui l’a dominée jusqu’ici. Mais cela ne peut commencer que par une « refondation de l’École » à partir du primaire et plus généralement de l’École obligatoire ( celle qui concerne tout le monde et chacun ).

Du coup, cette orientation privilégiée vers la “base” ( une révolution copernicienne en fait, pour une École française qui a toujours été conçue d’abord pour “le haut” et d’ « en haut » ) ne saurait être considérée comme une mesure parmi d’autres ( comme le font avec obstination certains observateurs) mais comme une décision capitale. Claude Lelièvre, 2011

NOTE du SITE

Nous nous permettons d’ajouter deux autres résultats de ce sondage Ipsos, hautement significatifs, qui ressortent de cette enquête :

L’attachement à l’école de la République et les attentes vis-à-vis d’elle sont très impor­tants : 97% des Français jugent qu’une des mis­sions prio­ri­taires de l’école est de faire "acqué­rir les savoirs de base". Mais seuls 66% des inter­ro­gés lui font confiance pour la mener à bien

96% des Français jugent qu’une mis­sion prio­ri­taire de l’école est égale­ment de "don­ner le goût d’apprendre", mais 58% estiment ne lui font pas confiance pour remplir cette tâche. A. Tarpinian

.........................

Claude Lelièvre, Agrégé de philosophie, professeur émérite d’histoire de l’éducation à la Sorbonne à Paris V, où il a enseigné pendant plus de vingt ans. Auteur de nombreux ouvrages dont Les politiques scolaires mises en examen : Onze questions en débat, ESF éditeur, 2010.

Article paru sur le Blog de Claude Lelièvre in Médiapart 19-9-2011) repris à la suite avec l’accord de l’auteur sur notre site. Texte qui demeure intensément d’actualité.


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