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Éduquer et Former. Connaissances et débats en Education et Formation

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Martine Fournier, mis en ligne le 3 avril 2011.

Introduction

Mieux former et mieux éduquer

Lorsque Sciences Humaines publia en 1996 un hors-série intitulé « Éduquer et Former », le succès de ce numéro fut surprenant pour ce magazine qui n’avait que six ans d’existence. Non seulement en France, mais dans tout le monde francophone : des départements de sciences de l’éducation en Suisse, en Belgique, au Canada demandaient des livraisons massives, le standard de la petite entreprise auxerroise explosait…

En 1998, Éduquer et Former devint un livre (dirigé par Jean-Claude Ruano-Borbalan) qui connut lui aussi un destin plus qu’honorable et trois rééditions dans l’espace de ces quinze dernières années. Depuis la fin du xxe siècle, nous sommes entrés dans des sociétés de la connaissance. Dans tous les pays développés, l’école, l’université et des kyrielles d’écoles professionnelles accueillent des bataillons d’élèves de plus en plus nombreux. L’éducation permanente, « la formation tout au long de la vie » que Jacques Delors appelait de ses voeux dans les années 1970, constitue désormais un objectif premier dans les chartes européennes mais aussi indispensable dans un monde du travail en pleine mutation. Enseignants des écoles primaires, secondaires, spécialisées, formateurs du monde professionnel, ou d’enseignants, étudiants en sciences de l’éducation ou préparant les concours sont devenus, eux aussi, de plus en plus nombreux et demandeurs de connaissances en matière d’éducation et de formation.

Mais depuis quinze ans, date de la première publication de l’ouvrage, qui pourrait soutenir que rien n’a changé ? Les transformations économiques, sociales, culturelles d’un monde en pleine globalisation, l’usage généralisé des « nouvelles » technologies de l’information, la démocratisation croissante des études et leur allongement, ont atteint de plein fouet le monde de l’école, de l’université et de la formation. Conséquemment, le dynamisme de la recherche scientifique en psychologie, sociologie, politique et plus globalement dans les sciences de l’éducation, ne cesse de fournir des connaissances nouvelles, et de soulever des débats animés.

Les nouvelles psychologies de l’éducation

Le déploiement des recherches en psychologie cognitive est venu ébranler nombre de certitudes dans le domaine des apprentissages. Les conceptions du grand psychologue Jean Piaget ont été amendées, complétées, voire parfois contredites, par des recherches sur le fonctionnement de la mémoire, des stratégies mentales, de la diversité des formes d’intelligence. Aujourd’hui, on reconsidère les manières d’apprendre, en prenant davantage en compte le rôle des représentations de l’élève, la diversité des processus cognitifs, les facettes de la motivation à apprendre, l’importance des émotions et de la construction de l’estime de soi… En définitive, les clés d’une « pédagogie efficace » s’avèrent beaucoup plus diversifiées et complexes que l’on ne l’a cru longtemps. Ainsi, par exemple, s’il est désormais généralement admis que l’élève doit construire ses connaissances de manière autonome, on s’est aperçu qu’il avait aussi besoin, à certains moments, d’être guidé de manière parfois très directive pour progresser et corriger ses erreurs.

Ces constats continuent d’engendrer de vastes débats. La querelle des méthodes d’apprentissage de la lecture par exemple, certes récurrente depuis les années 1950, s’en est trouvée profondément renouvelée.

Les différents credo pédagogiques ont également connu un grand dépoussiérage. Pendant longtemps, deux camps s’affrontaient : les tenants d’une transmission impositive, dans laquelle le maître délivrait son savoir aux élèves. Cette « forme scolaire » où tout le monde était censé avancer au même rythme relevait de la pédagogie dite « traditionnelle ». De l’autre côté, un courant – tout aussi ancien – inspiré de ce que l’on appelle « l’éducation nouvelle » mettait en avant l’importance de l’initiative et du choix des élèves dans leur parcours. Aujourd’hui, on admet les bénéfices de cette « conception humaniste » de l’apprentissage, dont nombre de principes sont intégrés dans la plupart des textes officiels et des grandes lois d’orientation, tout en reconnaissant le bien fondé de certains cours magistraux. Tout est en fait question de dosage et d’opportunité, liée aux besoins des « apprenants ».

Les apports féconds de la sociologie…

Les transformations sociales sont, elles aussi, venues ébranler les certitudes. Dans un monde où l’enfant et l’individu sont devenus rois, la question de l’autorité éducative se fait problématique. Mener sa classe, délivrer des cours, et même former des adultes ne va plus de soi. La diversité des publics qui fréquentent les bancs des diverses salles de cours, l’exigence du respect de tous et de la prise en compte des personnalités et de la culture de chacun, oblige enseignants et formateurs à reconsidérer ce qui était une autorité de statut. Il leur faut parfois associer la bienveillance à la ruse, pour prendre en compte le rapport au savoir que chacun se construit.

Les manifestations de violences scolaires – thème très prisé dans les médias depuis quelques années – questionnent la part de responsabilité de l’institution, des formes d’évaluation…, même si ce sont souvent les mutations de la société qui sont pointées du doigt.

C’est une des raisons pour lesquelles les recherches en sociologie de l’éducation, en plein développement depuis ces dernières décennies, sont devenues indispensables pour savoir comment éduquer et former. Les recherches sur les inégalités notamment ont sensibilisé les éducateurs à la prise en compte de la diversité de leurs publics. Les actions de discrimination positive, à travers l’expérience des Zep et des réseaux d’éducation prioritaires se sont étendues aujourd’hui à l’enseignement supérieur et aux grandes écoles, en France, restées longtemps des temples de l’élitisme républicain.

… et contrastés des politiques d’éducation

En fin de compte, même si ce constat en chagrine quelquesuns, la relation enseignant-élève ne se réduit plus à l’univers clos de la salle de classe, et l’institution scolaire ne peut plus fonctionner comme une forteresse qui resterait à l’abri des évolutions de la société et du monde. La relation pédagogique est aujourd’hui au coeur d’un ensemble de facteurs d’ordre très divers.

C’est ainsi que depuis l’année 2000, des évaluations comparatives dans les pays de l’OCDE, montrent les forces et les faiblesses de chaque système éducatif. Les enquêtes Pisa notamment, publiées par l’OCDE, ont fait l’effet d’un électrochoc en montrant les résultats inégaux de l’école française ; plusieurs classements éduquer et Former des universités mondiales ont pointé les faiblesses de l’enseignement supérieur hexagonal.

Ces publications nourrissent les débats et les recherches dans le domaine des politiques d’éducation. Des politiques qui par ailleurs, sont dictées par bien d’autres impératifs que les résultats de la recherche. Depuis quelques années, la formation des enseignants et la formation continue en France se voient sans cesse réduites par des contraintes budgétaires. Les crédits alloués à la formation diminuent. Les IUFM qui avaient remplacé les canoniques Écoles normales depuis vingt ans semblent être menacés de disparition, réduisant ainsi la formation pédagogique des professeurs du premier et du second degré à peau de chagrin…

Des travaux théoriques aux mutations de terrain

Une version entièrement refondue d’Éduquer et Former s’avérait donc nécessaire pour fournir aux enseignants et aux formateurs en herbe ou plus expérimentés des outils utiles et pertinents pour leur pratique. Nous y avons réuni des textes que l’on peut considérer comme des fondamentaux, propres à nourrir la réflexion, venant de penseurs comme Edgar Morin, de psychologues tel Jerome Bruner, de pédagogues comme Philippe Meirieu ou de sociologues comme François Dubet ou Marie Duru-bellat. Mais ce livre couvre également l’ensemble des recherches en sciences de l’éducation les plus récentes qui prennent en compte aussi bien les développements de la recherche que les mutations du terrain. Puisse-t-il permettre, à tous ceux qui en ont la charge lourde mais non moins prestigieuse, de pouvoir mieux éduquer et mieux former…

Martine Fournier. Rédactrice en chef de SCIENCES HUMAINES.


Voir AUTEURS ET SOMMAIRE de l’ouvrage.

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