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Interactions TP-TS : une pensée vivante en action….

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Laurence Baranski, mis en ligne le 12 mai 2012.

Laurence BARANSKI

Préambule

Le vingtième siècle ne fut pas que de malheurs et de barbaries. En raison pour partie de la nécessité d’en comprendre les causes profondes, de nouveaux champs de réflexions et de connaissances ont été labourés, susceptibles de refonder un humanisme plus lucide et à même d’unir intentions et actions, psychologie et politique : de sortir de la double illusion de vouloir changer la société sans que ne changent les personnes ou de vouloir que les personnes changent sans que ne change la société. Il s’agit là d’un leit-motif pour la "Revue de Psychologie de la Motivation" dont les préoccupations humanistes ont nourri le projet de création de ce site (cf. Un patrimoine éditorial par Bruno Mattéi).

Ce fut, au départ, dans des conditions d’intense interactivité du "Groupe de Recherches Inter et Transdisciplinaires - GRIT", fondé par Jacques Robin, que fut créée en 2001 l’"Association Interactions Transformation Personnelle-Transformation Sociale (TP-TS)" dont la Commission Éducation , coanimée par la "Revue de Psychologie de la Motivation", constitua l’un des chantiers. Les résultats de ses travaux sont présentés dans l’ouvrage Ecole : changer de cap. Contributions à une éducation humanisante, dont ce site poursuit et amplifie les apports.

L’objectif de la Commission était de dégager des propositions pour une éducation dans laquelle la transformation individuelle et la transformation sociale puissent s’appeler et se renforcer mutuellement. Propositions qui, en ces temps particulièrement troublés, pourraient entraîner l’école à mieux réaliser sa finalité triple et indissociable : instruire, éduquer, socialiser.

Du groupe des Dix au GRIT et de Interactions TP-TS à Ecole changer de cap, Laurence Baranski nous décrit les fructueux cheminements... Armen TARPINIAN


Une grande aventure humaniste

En 1966, à l’issue d’un colloque entre biologistes, sociologues, et philosophes, Robert Buron, Henri Laborit, Edgar Morin et Jacques Robin décidèrent de créer un groupe de réflexion qui prit le nom de Groupe des Dix avec l’objectif de mieux comprendre et mieux cerner les rapports entre les sciences et les techniques d’un côté, la culture et le politique de l’autre. Ils furent rapidement rejoints par René Passet, et Joël de Rosnay, et de nombreux autres chercheurs, scientifiques ou encore acteurs politiques.

Biologie, écologie, sociologie, économie, technologie, philosophie… les disciplines s’y sont croisées. Des pensées s’y sont nourries et enrichies. Citons notamment celles de René Passet et d’Henri Laborit.

  • « La reproduction du capital n’assure pas celle de la biosphère et c’est au niveau de celle-ci qu’il faut nous situer pour obtenir ce résultat. Cela pose le problème de l’interpénétration à établir entre les finalités respectives des trois sphères (économique, humaine et naturelle) dont nous venons d’affirmer le caractère indissociable. » René Passet, L’économique et le vivant, Payot, 1979.
  • « Quelle motivation peut alors découvrir l’homme de demain s’il veut assurer la survie de son espèce ? … Cette motivation, qui restera toujours la recherche du plaisir, il faut apprendre à l’homme à en trouver l’assouvissement non plus par l’acquisition seulement de connaissances professionnelles, non plus par une promotion sociale établie suivant les règles de la dominance hiérarchique professionnelle, mais dans la créativité, dans l’obtention d’un pouvoir politique par classes fonctionnelles, et dans l’acquisition d’une information généralisée… Il faut motiver l’homme de demain pour qu’il comprenne que ce n’est qu’en s’occupant des autres, ou plus exactement des rapports des hommes entre eux, de tous les hommes quels qu’ils soient, qu’il pourra trouver la sécurité, la gratification, le plaisir… Nous entrons dans une ère où toutes les "valeurs" anciennes établies pour favoriser la dominance hiérarchique doivent s’effondrer. Les règles morales, les lois, le travail, la propriété, tous ces règlements de manoeuvre qui sentent la caserne ou le camp de concentration ne résulte que de l’inconscience de l’homme ayant abouti à des structures socio-économiques imparfaites… L’avenir que nous proposons paraît trop beau pour être réalisable. Et cependant, une réflexion logique permet de trouver des arguments solides pour affirmer qu’il demeure possible. » Henri Laborit, La nouvelle grille, Gallimard, 1986.

A l’arrêt du Groupe des Dix près de 10 ans plus tard, Jacques Robin prolongera cette expérience transdisciplinaire pionnière au travers de différentes initiatives. Deux d’entre elles, Transversales Sciences Culture (à la fois Revue et réseau) et le GRIT (Groupe de Recherche Inter et Transdisciplinaire) continueront d’alimenter les réflexions et les actions de celles et ceux, - citoyens, praticiens, chercheurs - qui restent convaincus qu’une autre manière d’imaginer les sociétés humaines, et de vivre ensemble sur la planète sont possibles. Animé d’une insatiable curiosité et d’un désir sans cesse renouvelé d’éclairer notre pensée et nos choix d’actions, Jacques Robin était un amoureux de la vie. A la fois optimiste et lucide, il observait la faillite de nos systèmes socio-économiques actuels et projetait leur possible métamorphose.

  • « Les foyers du changement d’ère se révèleront, n’en doutons pas, multiples, inattendus, disséminés sur toute la surface de la Terre. Qu’on le veille ou non, qu’elle le sache ou non, l’humanité est entrée dans sa phase de mondialisation et la civilisation à venir, s’il doit y en avoir une, ne pourra être que planétaire. Reste à savoir quel en sera l’attracteur : l’universalisme du système actuel pour le plus grand profit de quelques-uns, ou l’épanouissement des habitants de la Terre, par la mise en commun de leurs différences culturelles ». Jacques Robin, Changer d’ère, Le Seuil, 1989.

Au début des années 2000, parmi d’autres questionnements d’importance (les déséquilibres écologiques, les enjeux des technologies numériques, la marchandisation des activités humaines la pauvreté et la précarisation,… ) émerge au sein du réseau Transversales Science Culture, sous l’influence notamment de Patrick Viveret, une approche renouvelée dans la manière d’aborder les difficultés que rencontrent nos sociétés et la question de leur possible transformation. Cette approche fait entrer, avec plus de force qu’elle ne l’avait fait pas le passé, la question « humaine ». Cette question est également mise en avant par Edgar Morin, dans le prolongement de ses travaux sur la pensée complexe.

  • « La vraie valeur, au sens étymologique du terme, est celle qui donne force de vie aux humains. Encore faut-il que l’humanité cesse de dévaloriser sa propre condition et cesse de chercher cette valeur introuvable dans des machines ou des signes monétaires. Ce que nous apprennent la mutation informationnelle et les nouvelles frontières de la connaissance et du vivant est que la vraie richesse, demain plus encore qu’hier, sera celle de l’intelligence du cœur. » Patrick Viveret, Reconsidérer la richesse, Patrick Viveret, Editions de l’Aube, 2002.
  • « Aujourd’hui la bataille se mène sur le terrain de l’esprit. Le problème de la réforme de la pensée, c’est-à-dire de l’esprit, est devenu vital ».
  • « Qui mènera la nécessaire bataille de l’esprit ? » André Gorz dans L’immatériel (Galilée, 2003).

Naissance d’Interactions TP-TS

www.interactions-tpts.net

C’est dans ce contexte qu’en 2001, Jacques Robin, Patrick Viveret, Philippe Merlant et Laurence Baranski initient, avec le concours d’Armen Tarpinian, directeur de la Revue de psychologie de la motivation et de beaucoup de chercheurs et praticiens engagés dans des champs divers et complémentaires, que naîtra le projet Interactions Transformation Personnelle - Transformation Sociale qui deviendra une association en 2002 (selon la loi de 1901, à but non lucratif). C’est au travers de cette filiation que l’association et les idées qu’elle met en avant prennent tout leur sens.

Pour un projet politique de dimension humaine…

Animée de la volonté d’être force de propositions en matière d’innovation sociale, l’association Interactions Transformation Personnelle –Transformation Sociale met en avant l’idée selon laquelle la santé de nos sociétés et de nos collectifs (associations, institutions, entreprises...) est directement liée à la qualité des relations interpersonnelles que nous entretenons les uns avec les autres, et que la santé des personnes est directement lié à la santé de nos collectifs et sociétés.

Elle affirme ainsi que la question de la qualité relationnelle est une question politique qui doit être intégrée dans tout projet politique dont l’ambition est de faire émerger des sociétés responsables et solidaires.

Elle a pour objectif de faire, dans cette perspective, des propositions d’ordre culturel, social, éducatif, institutionnel, politique et économique, et d’introduire ces propositions dans le débat public, citoyen et démocratique.

Il ne s’agit pas pour l’association d’affirmer des vérités, mais au travers de différents travaux d’inspirer d’autres acteurs qui à leur manière s’empareront et mettrons en œuvre la dynamique Interactions TP-TS dans les différents secteurs de la société.

Les réflexions d’Interactions TP-TS en matière d’éducation, issues d’un travail collégial et transdisciplinaire de plusieurs années dans le cadre de la Commission Éducation créée à cet effet, et co-animée par Laurence Baransky et Armen Tarpinan, sont ainsi réunies dans l’ouvrage « École Changer de cap. Contributions à une éducation humanisante » (Editions Chronique Sociale, 2007)

* « S’il est une révolution de l’esprit qui reste à assurer, à l’échelle individuelle comme à l’échelle de la planète, c’est bien celle du passage du regard binaire sur la réalité à une approche complexe et systémique. Et s’il est un lieu où les interactions entre les modes de fonctionnement collectif et l’évolution des personnes s’opèrent, en bien ou en mal, dans toute leur complexité voire leur inconscience, c’est bien l’école. Aussi est-ce dans ce lieu, où nous passons tous, que ces interactions peuvent être le mieux observées et comprises, et éventuellement transformées. C’est sur cette conviction, cette évidence, qu’ont gravité les échanges de la Commission centrés sur trois questions essentielles traitées dans cet ouvrage :

** Comment transformer le fonctionnement collectif de l’école pour que l’esprit démocratique et des pratiques de dialogue et de coopération s’y développent ?

** Comment élargir la formation des enseignants et des personnels de l’école aux compétences psychosociales et à des pratiques de co-formation ?

** Comment développer chez les élèves des compétences autoformatrices et relationnelles ? »

Des pistes de réflexion relatives au fonctionnement des entreprises sont proposées dans l’ouvrage « Comment jouer collectif » (Editions d’Organisation, 2005). Ce livre est issu des réflexions d’un groupe de travail TP-TS animé par Hervé Sérieyx.

  • « Nous avons beau savoir que le tout est plus que la somme des parties, qu’il s’agisse d’une société, d’une famille, d’une équipe, d’un corps humain, d’un cerveau,… nous avons du mal à réaliser que ce qui fait la vie, la valeur de l’ensemble, ce sont les liens, les interactions transformatrices entre leurs différents éléments. Plus les échanges sont denses, riches, plus l’ensemble est capable d’évoluer. Quand les échanges sont pauvres et se raréfient, tout système court à sa perte. Vivre, c’est créer et entretenir des relations. Le changement ne se fait que par l’ajustement, la transformation des relations. Les interactions structurent le monde.
  • La valeur de l’entreprise tient à la richesse des interactions qui s’y développent entre les individus et entre les individus et la collectivité. Elles configurent la façon dont les personnes travaillent, coopèrent, fonctionnent en dépit ou au-delà de l’organisation officielle décrétée sur le papier
  • Cette vision de l’entreprise, système de liens, débouche sur une nouvelle conception du rôle du management désormais concentré sur l’enrichissement et l’activation des relations plutôt que sur leur formatage. Seuls les échanges renouvelés en permanence, équilibrés, permettent, dans la mise en synergie de toutes les intelligences d’affronter les turbulences d’un environnement de plus en plus complexe, d’inventer, d’apprendre, de changer en profondeur et de durer. De jouer collectif. Et d’assurer simultanément l’indispensable autonomie et l’implication des différents acteurs, en osant une organisation apprenante.
  • Cette vision ouvre aussi sur une autre idée de la compétition : comme le dit Albert Jacquart « elle pourrait se jouer non pas les uns contre les autres, mais les uns avec les autres » et la performance devrait être « d’arriver à être meilleur que soi, plutôt que meilleur que l’autre ». - Annie Battle, co-auteur

L’intérêt de la dynamique TP-TS à l’échelle de l’organisation et de la gestion des sociétés humaines est resitué dans l’ouvrage « L’urgence de la métamorphose », de Jacques Robin et Laurence Baranski (Editions In Libro Veritas, 2008).

  • « En guise de contribution, nous avançons dans cet ouvrage des propositions. Elles reposent sur trois convictions qui mettent en évidence le caractère inédit de la situation actuelle. Précisément :
    • grâce aux percées scientifiques actuelles qui conduisent à manipuler et transformer le vivant (les nanotechnologies, la biologie de synthèse, la biométrie…), l’humain vient de prendre le relais de l’évolution dont il est issu. La situation actuelle est stupéfiante car cette rétroaction de l’univers sur lui-même, par l’intermédiaire de l’humain, s’effectue dans la plus totale inconscience et méconnaissance de qui nous sommes et de ce qu’est la vie ;
    • la logique de l’actuel fondamentalisme marchand, qui ne cesse d’affirmer son hégémonie sur l’ensemble de la Planète, est quantitative et "court-termiste". La logique de l’évolution du vivant et des équilibres naturels s’inscrit dans le long terme. Ces deux logiques sont incompatibles. Les désastres écologiques en cours en sont le signe ;
    • les alternatives existent : l’ère de l’information, dans laquelle nous venons d’entrer, nous permet de réconcilier la gestion des activités humaines sur Terre avec la logique du vivant. Aujourd’hui, tout se passe comme si nous avions peur de nous aventurer vers les nouvelles voies qui peuvent nous conduire à faire émerger une économie de la gratuité et un nouvel art de vivre. C’est pourtant possible, pour peu que l’on se situe dans la perspective d’une écologie humaine et politique, dans l’acception la plus large du sens du terme, c’est-à-dire à la fois dans les rapports avec l’environnement, les autres et nous-mêmes. »

Un sens que peut prendre l’activation de la dynamique Interactions TP-TS dans nos vies quotidiennes de femmes et d’hommes citoyens est proposé dans l’ouvrage « Le livre blanc. A la découverte de la personne socialement responsable » - (Editions Années Lumière, 2006), ouvrage né d’une réflexion collective à l’initiative de Nicole Vin der Elst.

  • « Si le bon sens est réputé la chose du monde la mieux partagée, l’interactivité responsable, ferment et fer de lance de notre projet, s’avère difficile à partager au travers des livres et des débats d’idées. Elle est de l’ordre du vécu. Elle se développe par des relations de proximité nourries de plaisir à cheminer et construire ensemble… »

Au-delà de la pensée et des idées, Interactions TP-TS propose de généraliser des pratiques nouvelles dans le fonctionnement des collectifs pour sortir des cercles vicieux dans lesquels nous nous piégeons trop souvent comme le souligne Philippe Merlant (journaliste, co-fondateur d’Interactions TP-TS, co-auteur de « Médias, la faillite d’un contre-pouvoir », Editions Fayard)

  • « Qui de nous n’a pas fait l’expérience des gâchis engendrés par les querelles intestines, les luttes de pouvoir et les appétits personnels au sein de nos organisations, de nos réseaux ? »

Ces pratiques favorisent le respect de la parole de l’autre, l’écoute, la gestion pacifiée et constructive des désaccords, la production d’intelligence collective, le plaisir de créer ensemble ... C’est au travers de leur expérimentation grandeur nature, dans la rencontre de l’autre et de soi même, que peuvent naître les prises de conscience, et les évolutions nécessaires de nos croyances et de nos comportements.

Ces pratiques peuvent s’exporter et être personnalisées dans tous les collectifs : institutions politiques, associations, entreprises… Elles régénèrent nos pratiques humaines. Elles sont notamment un moyen de mettre en application le référentiel des valeurs, outil proposé par interactions TP-TS dans sa charte relationnelle. L’objectif est de permettre au groupe de se questionner de manière à garantir le maintien de la cohérence entre son action et les valeurs dont il affirme être animé.

Interactions TP-TS a pris juridiquement fin le 13 janvier 2011. Au fil de dix années, nous avons agi et interagi avec d’autres réseaux. Cette dynamique fertile se poursuit activement dans de multiples initiatives citoyennes, avec et pour les bâtisseurs du monde de demain. Le projet reste ainsi plus vivant de jamais. Vous pouvez retrouver nos travaux et le reflet de nos expérimentations sur le site d’nteractions TP-TS.

Les archives de l’association ont été confiées à l’IMEC, Institut des Mémoires de l’Edition Contemporaine.

Laurence Baranski

ANNEXE

Charte relationnelle.

Référentiel de la cohérence entre l’action et les valeurs

Ce référentiel, développée par Interactions TP-TS, constitue un faisceau de repères favorisant les régulations en vue d’apprécier et rendre conscients les processus relationnels du groupe. Il est adaptable et transformable par tout collectif. Loin d’être un carcan contraignant, il doit être perçu comme une source d’ouverture et d’inspiration.

www.interactions-tpts.net



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