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La formation des enseignants en Finlande

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Paul Robert, mis en ligne le 14 décembre 2010.

Pour les candidats à l’enseignement la sélection à l’entrée de l’université est très sévère. On compte en effet en moyenne que sur six demandes une seule sera satisfaite. [1]

Pour être admis dans une formation de « class teachers », (correspondant à nos professeurs d’école) appelés à enseigner des niveaux 1 à 6 de l’éducation fondamentale, les candidats doivent être titulaire de l’examen de matriculation. Une expérience d’au moins un an comme assistant d’éducation dans une école fondamentale ou dans un jardin d’enfant est aussi généralement souhaitée. Après une première sélection sur dossier, les candidats retenus passent une série de tests et d’entretiens. Certaines facultés organisent un « test de groupe » durant lequel les candidats doivent discuter devant des observateurs d’un sujet concernant l’éducation. L’entretien individuel permet d’évaluer la motivation de l’étudiant : l’intérêt réel pour l’enfant y est à ce stade considéré comme un meilleur atout pour l’épanouissement du futur enseignant que l’attrait exclusif pour la transmission de connaissances.

Quant aux « subject teachers », ou professeurs spécialisés dans une ou deux matières, qui seront aptes à enseigner aux niveaux 7 à 9 de l’éducation fondamentale et dans les lycées, ils suivent d’abord un cursus universitaire dans leur discipline. Le choix de la carrière enseignante se fait généralement au bout de deux ans. Ils doivent alors présenter un dossier d’admission dans une faculté d’éducation où ils seront sélectionnés selon des procédures à peu près similaires à celles des « class teachers ». Les candidats retenus suivront alors un double cursus jusqu’au master : études de pédagogie à la faculté d’éducation et études disciplinaires dans leur faculté d’origine. Il est cependant possible de n’entreprendre la spécialisation en pédagogie qu’à l’issue des cinq années du master disciplinaire. Inversement, dans certaines disciplines (notamment scientifiques), l’inscription dans un cursus de formation de professeurs se fait de plus en plus souvent dès la première année.

Depuis 1971, tous les professeurs de l’école fondamentale et du lycée, doivent être titulaires d’une formation universitaire de niveau master. Auparavant les professeurs d’école primaire recevaient leur formation dans des « séminaires » dont le premier, fondé en 1863 à Jyväskylä, avait clairement emprunté ses théories pédagogiques novatrices à Rousseau et à Pestalozzi. Les professeurs du secondaire suivaient, pour leur part, un enseignement disciplinaire universitaire d’où la pédagogie était quasiment absente. L’unification de la formation des professeurs fut une des pièces essentielles de la réforme de l’école fondamentale. Si l’on voulait faire travailler ensemble de manière cohérente tous les professeurs dans une structure unifiée de la classe 1 à la classe 9, il était essentiel de créer une culture commune en élevant pour tous le niveau de qualification jusqu’au master universitaire et d’autre part en donnant à la pédagogie une place importante dans tous les cursus.

Dans la formation des « class teachers », cette matière est prépondérante. A la théorie, qui compte pour près de la moitié des « crédits » [2] que doivent obtenir les étudiants au cours de leurs cinq années de formation, vient très tôt se joindre la pratique.

Tous les campus dans lesquels existe une faculté d’éducation comportent une école d’application, dotée des meilleurs équipements et de professeurs expérimentés qui peuvent guider les étudiants dans leurs premières expériences d’enseignement. Leur apprentissage pratique est très progressif, passant graduellement de l’observation raisonnée à la conduite de classe supervisée. Les périodes de stage qui interviennent dès la première année d’étude sont toujours reliées à des séquences théoriques en cohérence avec leur objectif. Les étudiants doivent aussi acquérir des connaissances dans les disciplines qu’ils auront à enseigner dans les premières classes de l’école fondamentale, avec une insistance particulière sur l’apprentissage de la langue maternelle, de la deuxième langue nationale et de l’anglais. Ils peuvent également suivre une spécialisation dans une discipline de leur choix ce qui leur permettra plus tard de l’enseigner, s’ils le souhaitent, jusqu’à la classe 9.

Les études sont couronnées par la rédaction d’un mémoire de master professionnel qui ouvre les portes des études doctorales. Aujourd’hui, les professeurs (et les chefs d’établissement) sont de plus en plus nombreux à s’engager dans ce troisième cycle universitaire essentiellement dans le domaine des sciences de l’éducation. C’est manifestement le résultat de la tendance actuelle à donner une forte connotation de recherche à la formation des futurs enseignants dont on souhaite faire des « praticiens-chercheurs » familiers avec les courants de la pensée scientifique en éducation. [3]

Quant aux professeurs spécialisés dans une discipline (« subject teachers »), ils accomplissent plus du tiers de leurs études dans le champ de cette discipline, mais ils doivent sur l’ensemble de leur cursus consacrer l’équivalent d’au moins une année à l’étude de la pédagogie. La pratique accompagnée dans une classe d’une école d’application tient une place importante dans leur formation. Leurs études se terminent par la rédaction d’un mémoire de master professionnel, qui dans leur cas est plus souvent orienté vers la didactique de leur discipline.

Les facultés d’éducation forment également des professeurs pour le jardin d’enfant avec un niveau de licence, ainsi que des professeurs de l’éducation spécialisée et des conseillers d’étude. Pour accéder à ces deux derniers métiers, les étudiants doivent suivre des modules spécifiques inclus dans le master.

Ainsi, du jardin d’enfant au lycée les élèves auront des professeurs qui, tant au niveau disciplinaire que pédagogique, ont acquis par leur formation initiale un niveau d’expertise élevé leur permettant de développer librement et en toute autonomie des conceptions et des pratiques personnelles fondées sur des connaissances solides et une aptitude à analyser avec toute la distance réflexive nécessaire les situations et les problèmes auxquelles ils seront confrontés dans leur carrière.

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Notes

[1] Cette proportion est, il est vrai, très variable selon les disciplines et les niveaux d’enseignement. Tandis que pour les professeurs d’école elle peut aller jusqu’à quinze demandes d’inscription pour une place, il peut y avoir pénurie dans les disciplines scientifiques où les étudiants s’orientent plus volontiers vers le secteur privé.

[2] Un crédit ECTS (European Credit transfer System) correspond à une charge de travail de 25 à 30 heures. 300 crédits sont nécessaires pour l’obtention du master.

[3] VÄLIJÄRVI J., “ Teacher’s Professionalism ans Research-based Teacher Education”. Certains y voient une certaine exagération et préféreraient que la part de la didactique des disciplines dans la formation des « class teachers » soit plus conséquente. ( MALATY G., 2006).


Fuente : Extrait du livre de Paul ROBERT, La Finlande : un modèle éducatif pour la France ? ESF Editeur, 3ème édition, novembre 2010

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