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A propos de l’Appel de Bobigny

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Raymond Millot, mis en ligne le 22 novembre 2010.

Le texte de cet Appel a été rendu rendu public lors d’une conférence de presse qui s’est tenue à Paris le mardi 19 octobre 2010. Les signataires lancent ensemble " un appel à la Nation et aux responsables politiques républicains pour faire de l’éducation la priorité des politiques publiques autour de 5 objectifs prioritaires définis en commun et de 18 propositions communes"

Commentaire et contribution

Quelques mois avant que ne soit rendu public l’Appel de Bobigny, un collectif de militants a lancé l’idée d’un Pacte pour une Société Educatrice Décentralisée . Certains militants à l’origine de ce Collectif ont eu l’occasion de mettre en œuvre, dans la durée (2) une large partie des objectifs qui figurent dans l’Appel. Ils constatent avec une très grande satisfaction les nombreuses convergences entre ces deux initiatives. L’Appel soumettant « au débat cet ensemble de propositions » nous entendons apporter notre contribution sous la forme de trois remarques.

Première remarque.

Quand Claude Lelièvre, historien de l’éducation, considère « que cet appel n’a pas de précédent historique », il en souligne l’importance. Nous pourrions même établir un parallèle avec le Plan Langevin Wallon. Ce dernier correspondait aux espoirs du Conseil National de la Résistance (les « jours heureux »), l’appel de Bobigny entend, quant à lui, correspondre au changement d’époque que nous vivons.

Ce parallèle invite à penser que l’appel de Bobigny se heurtera, inévitablement, comme le Plan Langevin Wallon, aux pesanteurs sociales elles-mêmes aggravées par l’affaiblissement dramatique des aspirations collectives, par l’individualisme dominant.

Les rédacteurs de l’Appel écrivent en préambule : « Nous voulons, et nous pouvons nous appuyer, pour le transformer, sur le service public laïque d’éducation de la maternelle à l’enseignement supérieur ». Cette volonté de transformation ne s’est guère manifestée quand des directives officielles cherchaient à s’opposer aux habitudes (interdiction des devoirs), à l’individualisme (organisation des cycles, travail en équipe), à la sélection traditionnelle (collège unique), ou lorsqu’elles appelaient au dialogue avec les parents, etc. En revanche, les expériences préconisées (parcours de découverte, Travaux Personnels Encadrés), mal accueillies au départ, adoptaient une démarche qui, si elle avait été poursuivie, aurait pu amorcer des changements considérables dans les conceptions « disciplinaires » et les pratiques pédagogiques.

Les innovateurs, les militants pédagogiques isolés, comme les acteurs d’expériences suivies par l’Institut National de la Recherche Pédagogique ont eux-mêmes éprouvé (et éprouvent encore) la méfiance ou l’hostilité de leurs collègues, de l’administration et souvent des syndicats enseignants. Nous avons donc de bonnes raisons d’écrire ce « Préambule » :

« Avant de présenter ce Pacte pour une Société Educatrice Décentralisée qui se veut une alternative au système éducatif existant, nous souhaitons attirer votre attention sur son réalisme. Nous considérons en effet :

• Que tout changement important du système éducatif, y compris celui que nous proposons, se trouvera confronté aux pesanteurs internes de tous ordres (philosophiques, pédagogiques, administratives, syndicales) et à celles de l’opinion publique. • Que préalablement à tout changement généralisé, et pour surmonter ces pesanteurs, il sera indispensable de mobiliser les énergies, les « volontés de changement existant dans le système éducatif actuel et celles existant dans la société civile ».

A cet effet, nous proposons que ces énergies puissent s’engager dans des « recherches-actions » « associant les collectivités territoriales intéressées et des enseignants volontaires ». Nous estimons qu’elles devront être en nombre suffisant et réparties dans toutes les régions, pour avoir un effet d’entraînement sur les professionnels et être en mesure de modifier les conceptions éducatives établies.

NB. dans ce contexte, la recherche-action se différencie de la recherche pure en ce sens que tous les acteurs du projet se trouvent objectivement en situation de « chercheurs », quel que soit leur statut et sans privilèges particuliers autres que le pouvoir d’innover au sein d’une équipe responsabilisée. »

Deuxième remarque.

« La réussite, l’épanouissement, l’émancipation des jeunes » sont des objectifs que personne ne discute. Quand on quitte le domaine des idées généreuses, et qu’on tente de les atteindre, ils ont un prix. Non pas en termes de moyens matériels mais en termes de temps.

La réussite (de tous) passe par des situations d’engagement dans des projets ambitieux, par l’entraide, le tutorat, la mise en action d’une véritable coéducation, le passage d’une pédagogie d’alphabétisation à une pédagogie de « lecturisation », du calcul à la mathématique, toutes actions qui demandent du temps et dont les effets sont à moyen et long terme s’il existe un minimum de continuité. L’épanouissement ne se produit pas à l’aide de leçons, mais dans des situations, des activités qui permettent aux enfants de construire leur personnalité, de composer avec leur culture familiale, de se socialiser par la coopération… Il faut là aussi du temps d’autant plus que la consommation, le désir d’immédiateté, le stress font partie du mode de vie « moderne ». L’émancipation implique que les problèmes de la vie en société, de la vie de la collectivité scolaire, de la vie personnelle puissent faire l’objet d’une réflexion collective qui permette déconstruction et reconstruction des représentations, fasse naître des projets de transformation sociale et personnelle. Il faut encore du temps.

Les militants pédagogiques, comme les pédagogues qui travaillent avec les adolescents « décrocheurs », s’efforcent de transformer ces objectifs en motivation pour acquérir les savoirs indispensables ou considérés comme tels par les évaluations, les examens. Ce qui ne figure pas dans les manuels et coûte beaucoup de temps aux éducateurs.

L’appel de Bobigny semble faire l’impasse sur ce sujet, sur lequel ont butté et buttent encore les innovations. Ainsi, le collège expérimental de la Villeneuve de Grenoble, qui s’efforçait d’établir une continuité éducative avec les écoles maternelles et élémentaires du quartier, qui avait établi le tutorat, les mini collèges (100 élèves encadrés et suivis par une équipe complète de professeurs), les conseils d‘élèves, les projets (préfigurant les parcours de découverte), a été jugé uniquement sur les résultats au brevet et prié d’abandonner cette pédagogie.

Celle-ci demandait du temps. Ses effets à moyen et long terme n’entraient pas dans l’évaluation…Les écoles de la Villeneuve ont résisté plus longtemps, 30 ans. Un harcèlement administratif croissant en est venu à bout. Les évènements qui ont bouleversé le quartier se sont produits 10 ans après l’abandon du projet éducatif qui était pourtant un des facteurs s’opposant aux effets de sa ghettoïsation. .

L’appel de Bobigny souhaite, à juste titre, rompre avec la compétition, entend développer des compétences, des comportements et des savoirs, et de plus, en tenant compte des rythmes biologiques qui eux aussi demandent du temps pour être respectés.

La logique voudrait que ce problème du temps soit soulevé et abordé dans les débats projetés. Puisqu’il s’agit de proposer « des perspectives concrètes et positives pour l’éducation » on pourrait même émettre l’hypothèse qu’il faut impérativement deux années de plus si l’on entend réellement « Garantir à tous les jeunes, à l’issue de la scolarité au collège, la maîtrise évaluée des éléments (connaissances, compétences, savoir-être, et savoir-faire) indispensables à l’accès et à la réussite dans les enseignements diversifiés du lycée et à l’objectif « 0 sortie du système éducatif » sans qualifications reconnues, à l’accès à la citoyenneté. »

Tout le monde se réjouit de l’augmentation impressionnante de la durée de vie : ces deux années consacrées à l’éducation constitueraient un investissement éminemment rentable !

Troisième remarque.

Nous ne pouvons qu’approuver l’idée d’une « urgence de la mise en œuvre d’une éducation à l’environnement et au développement durable (…) permettant de s’impliquer dans la vie de son territoire et qui donne les moyens de prendre des initiatives et d’agir avec les autres » Même si le concept développement durable peut faire l’objet de contestation, cette urgence est incontestable.

C’est précisément parce que nous sommes convaincus de cette urgence que nous souhaitons (dans notre Pacte) signifier qu’elle ne relève pas d’un enseignement et que nous souhaitons :

- utiliser tout le potentiel éducatif des activités gérées ou soutenues par les collectivités territoriales, et particulièrement celles qui inventent des réponses aux changements en cours et à venir.
- impliquer les enfants (écoliers, collégiens, lycéens) dans ces activités et dans ces réponses et ainsi donner du sens à leurs apprentissages dans la transformation du présent, développer le sens de l’intérêt collectif et en conséquence redonner à tous, le désir d’apprendre,

Cette idée figure implicitement dans l’appel de Bobigny. Pour qu’elle passe réellement dans les faits, compte-tenu de la rupture qu’elle suppose avec les pratiques pédagogiques et les objectifs institutionnels habituels, il faut expérimenter sur une grande échelle comme le préconise notre pacte, un projet de recherche : « associant des collectivités territoriales intéressées et des enseignants volontaires »

Raymond Millot le 9 octobre 2010

UNE SOCIETE EDUCATRICE DECENTRALISEE

Les personnes et associations signatrices partagent l’analyse suivante :

- la crise économique démasque le vrai visage du capitalisme.
- la crise écologique dévoile des menaces nombreuses et bien réelles qui sont liées au gaspillage des ressources, aux changements climatiques, etc.
- l’opinion publique commence à admettre que nous devons sortir de l’ère du profit, source commune de ces deux crises, à s’indigner des inégalités sociales qui progressent dans tous les pays et entre les pays.

• Elles considèrent :

- que la mobilisation de toutes les intelligences, et en particulier celles de la jeunesse, va constituer la principale solution pour affronter les immenses difficultés et les changements profonds dans les modes de vie qui se profilent.
- que cette mobilisation ne peut s’opérer dans un système éducatif tout entier tourné vers la compétition, la sélection, l’individualisme, la course aux diplômes pour les uns et l’exclusion pour les autres
- que la destruction systématique des services publiques et particulièrement de l’école doit se combattre en se tournant résolument vers l’avenir et non en mythifiant le passé et en rêvant d’une nouvelle « réforme »

- qu’en conséquence, il faut :

- mettre en recherche les volontés de changement existant dans le système éducatif actuel et celles existant dans la société civile
- utiliser tout le potentiel éducatif des activités gérées ou soutenues par les collectivités territoriales, et particulièrement celles qui inventent des réponses aux changements en cours et à venir.
- impliquer les enfants (écoliers, collégiens, lycéens) dans ces activités et dans ces réponses et ainsi donner du sens à leurs apprentissages dans la transformation du présent, développer le sens de l’intérêt collectif et en conséquence redonner à tous, le désir d’apprendre,

Sur la base de ces objectifs, dans la perspective d’une Société Educatrice Décentralisée,

• Elles demandent

- qu’un projet de recherche national de grande ampleur favorise le lancement de multiples « recherche-action » associant des collectivités territoriales intéressées et des enseignants volontaires, facilite leur mise en réseau et les fasse connaître afin d’y intéresser un nombre croissant d’enseignants et de collectivités - que ces recherche-action soient suivies et évaluées d’une manière décentralisée associant divers partenaires locaux (élus, associations de parents, universitaires, éducateurs, équipe enseignante, responsable institutionnel)

Raymond Millot, auteur de ces lignes a été impliqué dans les écoles expérimentales du XXème arrondissement de Paris à l’école Vitruve ( plus que jamais active) dès les débuts de l’expérience (1961 !) lancée par l’Inspecteur Robert Gloton, (alors président du GFEN) puis il a coordonné le projet des écoles ouvertes de la Villeneuve de Grenoble (avec Rolande Millot) à partir de 1971 et entre autres publications à contribué à celle « de « Vivre à l’école en citoyens » en 1998 qui décrit le fonctionnement d’une des écoles de la Villeneuve .


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