École changer de cap
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Éduquer à l’incertitude Élèves, enseignants : comment sortir du piège du dogmatisme ?
lundi, 7 novembre 2016
/ Daniel Favre /

Professeur des universités en sciences de l’éducation à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres de l’Université Montpellier 2, Daniel Favre a été neurobiologiste de 1975 à 1990.

Au cours de son activité de recherche en neurosciences, centrée sur l’étude de la neuroplasticité, il a directement contribué à développer et à valider plusieurs concepts scientifiques : la compétition, au cours du développement, des fibres nerveuses entre elles ; la transformation des contacts synaptiques ; la corrélation existant entre la différenciation cellulaire des cellules sensorielles et la présence et le développement de leur innervation ; la corrélation existant entre la dédifférenciation cellulaire des cellules sensorielles et la disparition de leur innervation…

De ces années de recherches en neurobiologie ressortent quelques idées-forces. Ces différents concepts nourrissent en effet la conviction, actuellement assez partagée, que le cerveau des mammifères conserve à l’âge adulte une capacité à se remodeler, à établir de nouveaux circuits, à se réparer, beaucoup plus importante que celle qu’on lui prêtait il y a une trentaine d’années.

Le cerveau serait-il plus “éducable” que les premiers neurobiologistes ne l’avaient estimé ?

Cette plasticité cérébrale ainsi que les fonctions spécifiques des lobes frontaux humains contribuent en effet à faire penser que le cerveau humain reste potentiellement éducable durant toute son existence et donnent au "postulat d’éducabilité" les fondements neurobiologiques qui manquaient à cette position éthique.

Si le substrat biologique ne constitue pas une limite aux possibilités d’apprentissage d’un être humain, alors va se poser la question de l’adéquation existant entre les méthodes pédagogiques couramment utilisées et nos potentialités cérébro-psychiques. Ces méthodes donnent-elles aux apprenants les moyens de modifier et de faire évoluer leurs représentations ? Cela repose le problème piagétien du comment évoluent les représentations Ce sera la problématique centrale de ses recherches jusqu’à aujourd’hui.

Il a donc abordé l’étude des conditions dans lesquelles un apprenant peut modifier ses conceptions, avec ses connaissances de neurobiologiste, celles-ci lui rendant évident le fait que les processus cognitifs et émotionnels ne sont pas et ne peuvent pas être dissociés lorsque fonctionne le cerveau humain.

Depuis 1983, il est également formateur d’enseignants, responsable de la composante « Didactique et Socialisation » du LIRDEF (E.A. 3749), le laboratoire interdisciplinaire de recherche en didactique éducation et formation.

BIBLIOGRAFIE BREVE

- D. FAVRE (1996) (sous la direction de) Les spécificités de la biologie et de son enseignement”, TRÉMA, numéro thématique double 9-10, 21 collaborateurs issus de 4 pays, 186 pages.
- D. FAVRE (2007) Transformer la violence des élèves : Cerveau, Motivations et Apprentissage, Dunod, Paris, 312 pages, Réédition en mars 2008.
- D. FAVRE (2007) (ss la direction de) L’autorité à l’école : à restaurer ou à instaurer ? TRÉMA
- D. FAVRE (2011) Comment cesser de démotiver les élèves, Dunod, Paris, à paraître en septembre 2010.
- C. CAUSSIDIER & B. GENDRON D. FAVRE (ss la direction de) L’éducation aux valeurs : comment la réussir. Bruxelles : De Boeck Université, (en préparation)
- D. FAVRE (2007) L’erreur et la faute, in « École : changer de cap, contributions à une éducation humanisante », ss la dir. de A. Tarpignan, L. Baranski, G. Hervé et B. Mattéi, Chroniques Sociales, Lyon, chap. 4 pp 50-59.
- D. FAVRE (2007) Éduquer à l’empathie, in « École : changer de cap, contributions à une éducation humanisante », ss la dir. de A. Tarpinian, L. Baranski, G. Hervé et B. Mattéi, Chroniques Sociales, Lyon, chap 22, pp222-228.
- Cessons de démotiver les élèves : 18 clés pour favoriser l’apprentissage, Editions Dunod, 2010.

La faible résistance des jeunes aux chants des sirènes religieuses, consuméristes ou complotistes est inquiétante. Avec la laïcité comme valeur, l’École demeure, pourtant, le lieu par excellence pour apprendre à résister à de telles emprises. Face aux questions existentielles des hommes, la science a multiplié les questions, mais n’a apporté aucune certitude.

L’École ne doit donc pas se trompe d’ennemi, et opposer dogmatiquement science et spiritualité. Ce qui jette les hommes les uns contre les autres, c’est le dogmatisme et l’addiction aux certitudes. Si l’École devenait le lieu où l’on apprend à « sentir ce qu’on pense et à penser ce que l’on ressent », l’incertitude serait sans doute moins angoissante, et la peur d’apprendre moins intense.

D’où la proposition de Daniel Favre : développer la reconnaissance et la validation de l’expérience subjective, tout autant que la pensée critique, pour former une personne plus unifiée, donc difficile à manipuler – une personne qui, par son ouverture d’esprit et son sentiment de sécurité, peut relever les défis propres à l’évolution accélérée de notre monde.

Daniel Favre est Professeur en Sciences de l’éducation à la FDE-ESPE Université Montpellier, formateur d’enseignants depuis 1983, il a également été neurobiologiste de 1975 à 1990.

Ouvrage publié chez Dunod Collection Enfances 2016 - 256 pages, 9782100739790 – 18.90 €.

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