FrançaisEspañolEnglish
Accueil du site Prévention de la violence

Eduquer "l’agressivité" pour répondre et prévenir les violences entre élèves

fontsizeup fontsizedown Enregistrer au format PDF

Daniel Favre, mis en ligne le 20 janvier 2012.

Au fondement de cette réflexion : distinguer l’agressivité - pulsion au service de la vie comme la faim, la soif ou la pulsion sexuelle - de la violence qui correspond à une "addiction sans drogue" nous portant à soumettre les autres : à la fois nous protéger et nous sentir en position dominante de façon insidieuse ou brutale. l’école peut aggraver ou aider à dépasser des comportements acquis dans la fratrie.

1- Former les enseignants à la pensée non-dogmatique

Selon des études faites en France, au Canada et en Suisse, les élèves désignés comme violents par les enseignants présentent un « déficit d’autorégulation » (Cf. Favre, 2007). Ces recherches ont montré que ce déficit était réversible tout comme les facteurs qui lui sont corrélés, à savoir : forte agressivité, anxiété-dépression, trouble de l’attention, fonctionnement cognitif utilisant le registre de la "pensée dogmatique". Celle-ci se caractérise par des contenus de pensée figés, des généralisations abusives et la projection des émotions sur le monde extérieur.

Pour favoriser cette réversibilité, les recherches ont démontré qu’il fallait agir sur six points-clé dans la formation des enseignants (voir Favre 2007,) à partir d’une méthode, développant la self régulation, que nous avons intitulée : « Sentir ce qu’on pense et penser ce que l’on sent » (Favre & Simonneau, 2011).

Le résultat de l’apprentissage de la pensée non dogmatique par les élèves désignés comme violents a permis de vérifier que ceux-ci deviennent aptes à s’affirmer sans affaiblir autrui et à développer leur empathie. Celle-ci étant définie comme la capacité à me représenter ce que l’autre ou les autres sentent et pensent, tout en distinguant ce que moi-même je ressens ou pense.

2- Restaurer la confiance dans l’adulte chez les jeunes

A l’époque où le Site national (SIGNA) fonctionnait, les chefs d’établissements scolaires pouvaient signaler les incidents violents, on avait constaté que ceux-ci se multipliaient vers la fin octobre et non en début d’année scolaire. Nous avions pu former l’hypothèse (confirmée en partie par les témoignages des élèves ou des travaux de sociologie) que les élèves auxquels on recommande en début d’année de « se donner le droit à l’erreur… » se sentent trahis par les enseignants qui comptabilisent leurs erreurs, baissent leurs notes au cours d’un « contrôle continu » détourné de sa fonction : fournir des feed-backs nécessaires à l’élève et non des « récompenses » ou des « coups de bâton ».

Or il faut que l’élève puisse faire une vraie confiance à l’adulte quand, victime de harcèlement, il vient lui demander une protection. Nous avons pu vérifier dans des cas précis que ce n’est pas à l’infirmière scolaire ou même au pédopsychiatre qui suivait la jeune fille que celle-ci a pu dire qu’elle était victime de violence familiale… mais à son professeur de français formé avec la méthode que nous avons intitulée « Sentir ce qu’on pense et penser ce que l’on sent » .

Depuis la rentrée 2010, il existe un manuel de travail pour les enseignants qui regroupe 18 fiches avec des exercices. Après appropriation des contenus, le manuel préconise que plusieurs enseignants travaillent en équipe pour mettre en place, avec l’accord du chef d’établissement, un projet centré sur la remotivation des élèves portant sur l’apprentissage et la restauration de l’estime de soi. On a pu constater des modifications positives de comportements après trois ou quatre mois (Favre, 2010).

À titre d’exemple, fin octobre 2011, les enseignants d’un collège de Meaux qui avaient mobilisé les"Clés 10-11-12-13"de ce manuel, ont pu attester de changements notables en termes de restauration de la confiance chez les élèves. la diminution des problèmes de discipline était, au cours de l’expérience confirmée par le chef d’établissement.

3 -Évaluer

L’équipe « Didactique et Socialisation » du LIRDEF EA 3749 a développé une expertise pour évaluer les effets positifs, dans le champ de la prévention de la violence et de l’échec scolaires. de la formation des enseignants à ces "clés". Elles ont comme finalité d’"éduquer l’agressivité" au sens où nous l’avons définie, en développant l’autorégulation des comportements chez les élèves concernés. Elles pourraient avec profit être mises au service des différents projets de lutte contre le harcèlement.

Bibliographie

D. Favre, Transformer la violence des élèves. Cerveau, motivations et apprentissage. Dunod – Paris, 2007. (site compagnon de l’ouvrage : www.transformerlaviolencedes...) D. Favre, « Eduquer à l’autonomie  », Revue de Psychologie de la motivation, 2008, n°42-43, p. 44-50. D. Favre, « Quand les neurosciences inspirent l’enseignement », Cerveau & Psycho, 2010a, n°41, p. 52-59. D. Favre, Cessons de démotiver les élèves : 18 clés pour favoriser l’apprentissage, Dunod, Paris. 2010c. D. Favre,L. Simonneau (2011) Learning about non-dogmatic thinking. In V. Chatzi (dir.), Psychology of self regulation, Nova Science Publishers, New York.(chapitre 3, ss presse) D. Favre, C. Caussidier, C. Reynaud «  Three motivation systems but only one self esteem  ? », in S. De Wals, K. Meszaros (dirs), Handbook on psychology of self esteem, Nova Science Publishers, New York, 2012. (accepté)

Bibliographie relative à l’évaluation des projets

D. Favre, J. Joly, « Évaluation des postures cognitives et épistémiques associées aux modes de traitement dogmatique et non-dogmatique des informations – application à l’étude de la violence et de l’échec scolaires », Psychologie et Psychométrie, 2001, n°22 : 3-4, 115-151. D. Favre, J. Joly « Mode de traitement de l’information, sa relation avec l’adaptation sociale et son évolution consécutive à des ateliers de communication axés sur le langage intérieur  », in F. Larose (dir), Difficultés d’adaptation sociale ou scolaire et interventions éducatives, Édition du CRP de l’Université de Sherbrooke – Canada, 2003, p. 23-40. D. Favre, J. Joly, C. Reynaud , L.L. Salvador, « Empathie, contagion émotionnelle et coupure émotionnelle - Historique critique de la notion d’empathie, Enfance, 2005, n°4, p. 363-382. D. Favre, J. Joly, C. Reynaud , L.L. Salvador, « Empathie, contagion émotionnelle et coupure émotionnelle - Validation d’un test pour repérer et aider les élèves à risque  », European Review of Applied Psychology, 2009, n°59, p. 211–227.


Dans la même rubrique

» Et après ?.. Qu’en est-il de l’école ?
» La violence à l’école et école de la violence
» Armen TARPINIAN—Le désir d’apprendre et la joie d’enseigner. Finalités et Valeurs de l’école
» Violence es-tu là ?
» Former les enseignants aux relations humaines pour prévenir et réguler la violence à l’Ecole : luxe ou survie ?
» Eduquer à la non-violence et à la paix
» Transformer la violence des élèves
» La violence est le symptôme d’une crise de la sociabilité
» Un outil pédagogique pour encourager l’estime de soi et le respect des autres
» Prévenir la violence à l’école. Suède, Finlande, Canada… des modèles pour la France ?
» Une expérience. La connaissance de soi par " petites touches" au collège
» "Non-Violence Actualité"
» 100 questions-réponses pour éduquer à la non-violence
» Quand les ados apprennent la non-violence au collège
» La médiation par les pairs : des jeunes luttent contre la violence, des adultes accompagnent
» KiVa Koulu. Un programme finlandais contre le harcèlement à l’école
» Le harcèlement à l’école : "aider ou balancer" ?

Mentions légales | S’abonner | Plan du site | Accessibilité