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Les réseaux réciproques de savoirs ont 40 ans. Un bilan et un avenir

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Claire Héber-Suffrin , mis en ligne le 8 novembre 2011.

Les Réseaux réciproques de savoirs ont 40 ans

Si « évaluer » quelque chose, c’est en faire ressortir la valeur, ce qui vaut l’implication vécue, le travail accompli, la peine aussi que l’on s’est donnée pour atteindre ses objectifs, l’intérêt des résultats obtenus, ce qui donne et construit du sens, ce qui est précieux, ce qui donne du prix à ceux qui vivent ce « quelque chose », alors, oui, j’ai envie de partager, avec les membres de l’ICEM, cette aventure nouvelle et cette évaluation inattendue que je suis en train de vivre. J’ai envie de les associer, pour tout ce qu’ils ont fait et font encore à ces regards tellement constructifs portés sur nos pratiques communes par celles et ceux qui les ont vécues il y a 40 ans, 38 ans et 36 ans.

Une histoire commune

En 1967, l’inspecteur qui vient de passer une matinée dans ma classe, à Orly, me demande si je fais partie du mouvement Freinet. Devant ma confusion (je ne sais pas de quoi il me parle), il me présente rapidement la pédagogie Freinet et m’invite à rejoindre le groupe local : « ils vous apprendront des choses et vous leur en apprendrez » ! Et ce fut ma première et ma plus belle formation pédagogique ! Et tellement réciproque, même si le mot n’était pas utilisé. Ma classe est devenue une classe coopérative, une classe ouverte, une classe où l’entraide était essentielle.

Une première classe, 36 élèves pendant trois ans (CE2, CM1 et CM2), a été une des racines de la création des Réseaux d’échanges réciproques de savoirs. Les deux classes suivantes, deux ans chacune, ont été le terreau sur lequel ces réseaux ont germé, en lien avec d’autres classes de primaire, maternelle, collège et lycée, avec les parents, avec un club de prévention et toute une dynamique qui s’est mise en place de 1971 à 1976 sur la ville d’Orly .

Présentation rapide des Réseaux d’échanges réciproques de savoirs

Un postulat : Chacun (et cela vaut pour tous sans exception) sait et ne sait pas ; chacun est porteur de savoirs et d’ignorances. Une proposition : chacun peut être offreur et demandeur de savoirs. Des actions : chacun peut apprendre et accompagner autrui dans un apprentissage. Une organisation : un réseau organisateur propose des temps de repérage des savoirs ainsi que des besoins et désirs d’apprendre ; les offreurs et demandeurs sont mis en relation pour construire ensemble toutes les modalités de leurs apprentissages (contenus, méthodes, évaluations, modalités concrètes…), des échanges sur les échanges favorisent également les échanges sur les méthodes. Ce projet concerne tous les savoirs, les seules « limites » étant éthiques : tous les savoirs qui respectent les personnes et la paix entre les humains

Et 40 ans après ? Ces Réseaux se sont développés et enrichis de pratiques et de lectures théoriques, de rencontres et de développements culturels différents. Actuellement il existe des expériences de ces réseaux et de cette démarche dans des villes, des quartiers, des cantons, des établissements scolaires, des organismes de formation, des entreprises. En France, en Europe, en Afrique, et dans les Amériques. Un vrai « mouvement » pédagogique, culturel et citoyen s’est ainsi créé.

Le début d’une nouvelle aventure

Lorsque le réseau d’échanges réciproques de savoirs d’Orly décide de fêter, le 19 novembre 2011, ses 40 ans ainsi que les 40 ans du projet et de la démarche des RERS, naît en moi le désir très fort d’associer mes anciens élèves à cet événement. En effet, je les considère, eux comme leurs parents comme co-fondateurs de ces réseaux par les pratiques pédagogiques qu’ils ont vécues, par leurs implications dans la classe, l’école et les réseaux nés en 1971. Et me voilà lancée dans une aventure de recherche telle qu’une ancienne élève m’a appelé « miss Marple » : Internet, Copains d’avant, trombi.com, Facebook, les souvenirs de celles et ceux que je retrouvais, tout a été mis à contribution. Sur environ 85 élèves de ces trois classes, j’ai pu déjà en entendre ou en voir 36. Quelques-autres sont « en voix » d’être retrouvés.

Et c’est plus qu’émouvant : retournant ! Leurs souvenirs sont si précis, leurs analyses si justes à mon sens, leurs compréhension de ce que nous avons fait si riche et complexe, leurs regards sur la société actuelle et son école si pertinents (toujours à mon sens, évidemment), leur émotion si palpable (et la mienne donc !), que :

-  Je souhaite vous le « renvoyer » comme remerciement, comme encouragement, comme signe de soutien pour ce que vous faites ;
-  Cela nous donne une envie réelle de nous revoir (mes anciens et anciennes élèves, des profs qui ont participé aux réseaux, des intervenants, offreurs et demandeurs dans ces réseaux et que nous retrouvons aussi peu à peu), pour nous faire plaisir et pour y réfléchir ;
-  Cela nous ouvre à de nouveaux projets ensemble : livre ? film ? pour dire quelque chose, à partir de ces expériences et de leurs analyses 40 ans après par ceux qui les ont vécues, sur la société et l’école actuellement.

Leurs paroles

1. Du plaisir – du bonheur – aimer l’école – aimer apprendre

« Un marquage dans ma vie. Les plus beaux moments de mon enfance » (Coiffeuse) « On trouvait du plaisir à être à l’école » « J’ai souvent parlé de toi à mes enfants : […] Je n’ai jamais retrouvé après le plaisir de l’école. Tu as fait aimer l’école à tes élèves. » (Comptable) « Des super souvenirs. Ça nous a toujours aidées. » (Employée de restauration/mairie)

« Je crois que vous êtes la seule institutrice dont je me souvienne. Et ma mère aussi s’en souvient quand vous étiez allée la voir chez elle. Pour le voyage à Cannes, il fallait donner 150 F., on ne pouvait pas et vous avez dit : on va s’arranger. » « Ça alors, je n’en reviens pas ! Vous êtes Claire ! Alors, là, c’est un grand moment ! » J’ai eu une scolarité extraordinaire avec vous. » (Gestion) « Je pense souvent à toi ? Je suis très contente de t’entendre. Ce qu’on a vécu, ça me manque. Je me souviens quand on faisait du théâtre […]. » « Je dis toujours à mon entourage, la seule prof que j’ai eu dans ma vie qui m’a fait aimer l’école et où j’ai eu envie de travailler, c’est toi. » (Étancheur)

« C’est avec toi que j’ai vécu les deux plus belles années de ma vie à l’école. D’ailleurs, de tout mon temps à l’école, je ne me souviens que de ces [années] : voyages, apprentissage de l’autonomie. […] Tu nous as appris l’entraide et le partage. »

« Aller à l’école était un plaisir. On travaillait beaucoup mais à l’aise. Je n’ai pas d’autres souvenirs du primaire que ceux de cette classe. » « C’est formidable de voir tout ce qu’une bonne maîtresse a pu engendrer comme souvenirs, bonheurs et réussites personnelles. » « Nous parlons souvent de vous lors des réunions de famille. Vous avez marqué notre enfance grâce à vos méthodes d’apprentissages qui donnaient envie d’apprendre. »

2- Pédagogie

« « Vous avez instauré une méthode de travail […] différente. Je suis consultante en méthodes humaines de travail et d’organisation […]. [Après un échec] au BEP, [j’ai rebondi]. J’ai travaillé quinze ans comme directrice internationale pour les stratégies d’achat à New York. » (Elle fait le lien avec les 3 ans de classe primaire).

« J’ai de bons souvenirs de votre façon de pratiquer l’école pour amener le savoir-faire. ». (Il explique plus loin que sa vocation de menuisier ébéniste est née dans la classe).

« Je me souviens de la musique et du musicien qui a fait faire à chacun de nous un xylophone, du voyage [chez les correspondants] à La Villeneuve de Grenoble […]. »

« On travaillait de façon très détendue mais beaucoup de règles nous ont cependant été transmises. Cette classe donnait les apparences de désordre. On ne faisait pas des maths pour les maths ni la grammaire pour la grammaire mais même pour les maths et la grammaire, on apprenait des règles en puzzle. J’ai eu le sentiment de beaucoup m’amuser ; ça a beaucoup marqué ma mémoire. Votre « truc » (pédagogie !) ça a été une sorte d’OVNI : les élèves travaillaient beaucoup. Ils étaient sur du projet.

Pourquoi cette pédagogie n’est-elle pas plus utilisée ?. C’était facile de venir à l’école. Je n’avais pas l’impression de venir bosser. J’avais l’impression que les règles et les limites étaient enseignées par les pratiques. Vous nous avez donné de la moralité et pas des leçons de morale. Pas de façon surplombante et abstraite. J’ai eu envie de replonger 36 ans en arrière. »

« Tu nous apprenais à nous prendre en charge sur du projet. Par exemple, à mener les recherches pour nos exposés jusqu’au bout. Tu nous apprenais à travailler en équipe. Tu nous donnais le goût de connaître les réalités du monde, par exemple, tu avais organisé un débat sur la guerre du Vietnam. […] Je suis venue à cette première réunion pour te voir, Claire, pour apprendre encore avec toi. J’ai eu de la chance de te rencontrer sur ma route. Je peux parler de l’influence de « Peau d’âne » (vu à Paris) dans ma vie.

J’ai des souvenirs précis sur la coopérative, la poésie. Dans ma pratique professionnelle (elle est institutrice), je suis très préoccupée par la construction de l’autonomie des enfants. Je me souviens que tu nous incitais à lire le journal. En nous proposant de nous revoir, tu fais ce qu’il faut pour que cette aventure ne soit pas achevée. » (Institutrice)

« Je me souviens des sorties (par exemple la visite au musée d’art moderne, le film vu à Paris Peau d’âne) et le lendemain de la corvée des comptes-rendus. C’est une chance de pouvoir participer à des retrouvailles avec plus ou moins 40 ans de recul. Nos parents avaient le droit d’entrer dans l’école (elle y reviendra en y voyant une des premières racines des Réseaux, à la fois dans la prise en compte de la famille des enfants et dans les sollicitations adressées à ces parents). Elle insiste « nos parents étaient très impliqués. Tous les parents étaient aussi bien accueillis que « tous » les enfants. » (Journaliste)

« Je me souviens très précisément de beaucoup de choses que j’ai faites en classe. Le journal. Les moments de réunions de la coopérative. La peinture. Je crois avoir déjà, à l’époque, senti qu’un des objectifs de Claire, c’était de rendre heureux les enfants qu’elle avait dans sa classe. Aujourd’hui, quand je parle des méthodes Freinet à mon inspecteur, il me dit ce truc monstrueux « s’il sous plait madame, pas de gros mots, vous pouvez en faire mais pas le dire ! ». (Institutrice)

« Comme je suis contente que vous repreniez contact car j’ai si souvent parlé de cette maîtresse si […] avant-gardiste, moderne et inventive pour nous donner l’envie d’apprendre. Vous avez marqué notre enfance de bons moments : Ces petites boîtes (les boites enseignantes) dans lesquelles se trouvaient les problèmes de calcul, la grammaire et la conjugaison, nous entraînaient à l’organisation, mais aussi le coin imprimerie, la confection d’une immense couverture pour le Vietnam ou de nos bonnets au point d’ananas pour la classe de neige, les sacs fabriqués en corde, les exposés.... et sûrement plein d’autres choses qui ne me reviennent pas dans l’immédiat.

Je me souviens très bien de cette cathédrale [romane, faite en terre avec une potière] ; on peut dire que vous nous avez vraiment éveillées à toute sorte de choses. »

3- Des piliers de vie (c’est leur expression)

« J’ai surtout appris avec toi l’attention à l’autre et le respect de l’autre. » (Infirmière) « J’ai fait l’apprentissage de la convivialité et de l’entraide. » « On s’entraidait. »

4- Des effets sur notre avenir

« Ce n’est pas par hasard si je fais ce métier (institutrice) de façon passionnée […]. » « Je n’ai pas fait la même chose avec mes élèves. Mais ce que j’ai appris avec vous, c’est l’entraide et l’envie d’apprendre. C’est ça que j’essaie de leur transmettre.3 (Institutrice aussi)

« Si j’en suis là, vous en êtes largement à l’initiative. » (Sous directrice d’une institution pour enfants en grande difficulté) « Ce que je fais, après un BEP sanitaire et social, je travaille à […] (hôpital pour des personnes âgées dépendantes). C’est dû à toi et à ce qu’on avait fait avec la Maison de retraite. Ça a été un passage déterminant dans ma vie. »

« J’y pense tout le temps. Je fais ce que j’aime : j’aime les élèves et l’enseignement. » (Professeur de mathématiques) « Ce sont les pratiques de cette classe qui m’ont donné envie de devenir ébéniste. Je ne comprends pas pourquoi l’école n’adopte pas ces pratiques (il s’en déclare effaré). » (Menuisier ébéniste)

« C’est vrai que je parle très souvent à mes collègues de mes souvenirs d’école (les seuls dont je me souvienne sont ceux que j’ai vécus avec toi) et que ce vécu a beaucoup influencé, tout au long de ma carrière, mes pratiques pédagogiques. […]. Ton projet de livre est alléchant. Pourquoi pas ? » (Une autre institutrice !)

5- Tous insistent sur les points suivants :

-  On avait envie de venir à l’école
-  On travaillait beaucoup
-  On a beaucoup appris
-  La diversité des activités
-  L’ouverture sur la vie
-  Ce sont de bons souvenirs qui nous aident à vivre
-  Cela nous a servi dans l’éducation de nos enfants
-  Pourquoi cela ne se développe-t-il pas ?

Deux témoignages

1. « Pour ma part, ce n’est pas trois années que j’ai passées avec toi mais... quatre ! Seul mon CE1, je l’ai fait avec une autre instit ! Oui, je peux le dire et je le répète très souvent : je suis une enfant Freinet ! Et combien j’aurais aimé avoir ton engouement pour mettre en place dans mes classes cette pédagogie ! Par contre, comme je te l’ai dit au téléphone, […] dans ma vie, oui, j’ai mis en pratique tout ce que j’ai appris ! Après une vie militante syndicale, j’ai opté pour militer au sein d’une association de parents et mon investissement est toujours d’actualité. […] Je redoutais les dimanches... parce qu’il n’y avait pas d’école ! […] nous replonger dans notre enfance, temps béni ! Car cette histoire, c’est la nôtre à tous et à toutes. […] Tu représentes bien plus que d’avoir été MON institutrice. Je crois que tu es la première à avoir posé les yeux sur moi et m’avoir donné l’impression que j’étais quelqu’un... et quelqu’un qui pouvait intéresser les autres.

J’ai pris tout l’amour de l’école de ta passion pour enseigner. […] La danse classique... c’est à toi que je dois d’avoir pu entrer au conservatoire. Je me souviens que tu avais essayé de convaincre ma mère et par chance, à l’époque, la volonté de la municipalité de gauche et communiste, était que tous les enfants aient accès à toutes ces activités aujourd’hui très coûteuses. Oui, sans toi, je n’aurais jamais dansé et c’était aussi un rêve, une passion même. […] Et cette soif que j’avais de lire...

Si tu ne nous avais pas installé cette bibliothèque, ma vie aurait été un enfer. Grâce à toi, j’ai pu voyager lorsque le soir, je me retrouvais seule dans mon lit. Je pouvais oublier ma vie qui n’était pas toujours très joyeuse. […] j’aimais tellement être en classe que rien ne pouvait altérer ma soif d’apprendre […]. j’ai choisi de protéger une trentaine d’enfants par an ! Et j’avoue que même si moi aussi, je suis parfois fatiguée, j’aime bien ma classe ! Je savoure le sourire aux lèvres que mes élèves ont en arrivant le matin. […]

J’ai fait des tas de sorties où mes élèves prenaient des notes pour ensuite faire des exposés. Ma directrice disait que je passais mon temps à me balader ! J’ai construit des fichiers autocorrectifs... j’étais une feignante qui ne voulait pas corriger les cahiers de ses élèves !

J’ai fait des arts plastiques un peu différents des habitudes en cours... je me croyais à la maternelle ! J’ai fait faire des textes libres aux enfants... je perdais mon temps et je ne suivais pas le programme !

J’ai fait un spectacle que les enfants ont construit de toutes pièces... j’étais étrange ! Bref, un jour une maman m’a dit qu’il était difficile d’être différente des autres et que les gens n’étaient pas prêts. Alors, imagine que je ne faisais que transmettre à mes élèves ce que j’avais appris à l’école... une quarantaine d’années auparavant. » EG.

2. « Pour ce qui me concerne en tant que souvenir, j’en ai plusieurs bien sûr mais un plus particulier : un jour tu nous as emmenées au salon de l’enfance à Paris. Depuis des années, j’ai ce souvenir qui me trotte dans la tète. Au cours de cette visite au salon de l’enfance, cela a été pour moi une véritable révélation. Ce jour-là, plusieurs stands étaient proposés dont un sur la coiffure. J’ai donc participé à cette activité artistique et j’ai eu le premier prix. Pour la première fois de ma vie je réussissais quelque chose.

Ce fut par la suite mon métier, mais plus que cela, une passion. J’aimerais en parler car, au-delà d’un métier peut-être banal pour certains, pour moi, à l’époque qui étais en échec scolaire durant toute ma primaire, c’est vraiment à travers ce métier que j’ai pu poursuivre et décrocher un CAP, brevet professionnelle et brevet de maitrise. […] Sache que malgré toutes mes difficultés scolaires, c’est les meilleurs moments pour moi, les passages dans tes classes, car je ne me sentais pas jugée comme j’ai pu l’être ailleurs.

C’est très difficile pour un enfant en difficulté d’être humilié, jugé, car j’ai des souvenirs moins drôles avec […]. J’ai de très bons souvenirs de toutes tes méthodes avant-gardistes, visionneuses, avec le corrigé de l’exercice en suivant, les groupes de travail, le partage, les classes de neige, l’autonomie. Je ne me suis pas sentie mise à l’écart ni par toi Claire, ni par mes camarades de classe. Cette expérience a été par la suite très bénéfique dans ma vie. […].

Je t’en suis d’autant plus reconnaissante aujourd’hui car j’ai vraiment excellé dans ce domaine. J’ai connu à Paris, Nice et Cannes de grands coiffeurs comme E. Z […] et bien d’autres comme D. P., F. B. meilleur ouvrier de France, J. A., 17 fois champion du monde en coiffure masculine. Ils m’ont tous entrainée durant plusieurs années au sein du comité artistique de la coiffure française. Nous avons fait ensemble le 1er critérium de coiffure au palais des festivals à Cannes, le 2ème et 3ème […].

J’ai partagé de véritables moments avec tous ces gens durant 17 ans et maintenant je suis coiffeuse à domicile mais je continue dans cette lignée, en faisant de nombreux stages dans l’année afin d’être toujours à la pointe de cette passion. J’étais responsable des stages dans la région PACA où l’on faisait intervenir de grands coiffeurs de partout. Je suis toujours aussi passionnée et cela je te le dois.

Le salon de l’enfance, je l’ai souvent raconté sans savoir qu’un jour je pourrais te revoir et te dire de vive voix combien cela à été bénéfique pour moi et enfin pouvoir te remercier de cette initiative constructrice dans la vie d’un élève paumé dans le domaine scolaire traditionnel. Nous sommes tous différents face aux études. Il faut bien des fois des déclics et c’est ce qui s’est passé pour moi.

Avec tes méthodes diverses, je pense que chacun à pu se construire. On a tendance souvent à mettre tout le monde dans le même moule, mais on est différents par le vécu ; les émotions, la culture. Le regard de l’autre est terrible. Il peut aller jusqu’à mutiler ; faire se réfugier dans un certain autisme. Lorsque l’on est en difficulté, c’est très difficile d’avancer, de prendre sa place dans la société avec un handicap dès le départ. Je ne pense pas que ce soit par la dureté des paroles, la force, la comparaison avec d’autres élèves que l’on obtient des résultats, mais plutôt par une intention, et des méthodes adaptées.

J’ai eu des profs désespérés’ qui me comparaient à mes sœurs ; c’était difficile pour eux mais pour l’élève, c’est dramatique. D’autres, la force les fait réagir autrement, ils arrivent à démontrer le contraire […]. Je pense que l’éducation nationale, surtout dans les cités, doit s’adapter à chaque cas. Je pense que ce doit être possible d’évaluer suivant les situations afin de promouvoir un avenir pour chacun. […] En tout cas, Claire, toi, tu nous as donné de la niaque et cela à toujours été mes références. Tu nous as fait partager tellement de choses en atelier, chez toi, […]

Merci pour ta passion de transmettre, d’être à l’écoute, de développer toujours de nouvelles stratégies d’études. Mes souvenirs : le voyage à Sète, chez nos correspondantes à Marseillan, la classe de neige et tant d’autres moments déconnectés du quotidien ; ça peut faire aimer l’école même lorsque l’on n’est pas douée. » ER

Conclusion provisoire

Ces quelques extraits des paroles d’adultes ayant entre 46 et 52 ans témoignent de ce que peut donner une pédagogie porteuse d’un souci d’égalité : l’école comme une chance pour tous ; d’un choix de relier en permanence éducation, instruction et socialisation ; d’un désir d’excellence pour chaque élève ; d’une conception de la solidarité et de la coopération comme valeurs mais aussi comme chemins d’efficacité dans les apprentissages ; d’un appui sur la réciprocité (chacun est à la fois celui qui donne et celui qui reçoit – se proposer d’aider l’autre à apprendre et, ainsi, progresser soi-même dans ses apprentissages) ; d’une conception de l’apprentissage de la citoyenneté et de la démocratie par leur exercice.

Ces témoignages montrent que l’on peut allier rationalité, intuition, créativité et affectif. Que l’émotion est un bon ressort pour apprendre. Et que l’on a ainsi des chances de former des citoyennes et des citoyens créatifs. Je laisse la parole à l’une des participantes de notre rencontre du 2 juillet en vue de préparer la journée du 19 novembre, dans le Centre culturel Elsa Triolet d’Orly, où nous invitons et espérons rencontrer des enseignants de l’ICEM.

« Super ! On se retrouve. On va de nouveau réaliser un projet ensemble, comme avant, quand on avait 10 ans… et qu’on avait la folie des grandeurs… et qu’on y arrivait, parce qu’on y croyait et qu’on s’y mettait tous ensemble pour y arriver. Ca vous rappelle des choses, non ? […]. Ce qu’on a pu tous ressentir, je pense, quand on s’est retrouvés le 2 juillet : cet immense plaisir à retrouver Claire et ce nouvel élan qu’elle donne à notre vie, je l’ai ressenti avec autant de ferveur.

Cette envie d’aller plus loin, plus haut, ce regard sur la « vraie » vie à travers des expériences plus riches les unes que les autres m’ont aussi donné cette envie de combattre et de défendre mes convictions, dans ma vie et dans mon métier d’enseignante. Ce qui m’a vraiment émue et bouleversée, lors de nos retrouvailles, c’est de me rendre compte que tous, nous avons été imprégnés par ces magnifiques valeurs et j’ai vraiment ressenti une osmose entre nous qui était très forte et revigorante.

C’est pour montrer à tous l’impact que peut avoir une telle pédagogie, une telle expérience dans la vie d’une femme ou d’un homme, ainsi que la difficulté que nous avons à nous faire entendre et comprendre par ceux qui ne l’ont pas vécu, que nous devons témoigner ensemble ( chacun comme il le peut), lors de cette journée du 19 novembre.

Nous pourrions trier, réorganiser et mettre en forme (filmée) les différents témoignages (téléphoniques, écrits, directs) le 17 septembre, pour mettre en valeur les différents thèmes conservés, afin que le débat du 19 novembre soit constructif et je l’espère encourageant pour l’avenir. S’il faut travailler entre septembre et novembre pour que ce week-end du 19-20 novembre soit une grande réussite, vous pouvez compter sur moi. » C.G.

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